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Chute d'un résident en EHPAD : la conduite à tenir après la chute, en 7 étapes

Un résident est retrouvé au sol, l'équipe réagit vite, puis la chute se dilue dans les transmissions : pas de déclaration, pas d'analyse, pas d'action, et la suivante arrive. Dans cet article, vous saurez quoi faire dans les minutes, les jours et les semaines qui suivent une chute, qui s'en charge et ce qu'il faut tracer, en sept étapes applicables dès demain dans un EHPAD ou un ESSMS de moins de 50 salariés[1][2][3].

Gagnez du temps sur cette procédure : une chute saisie en quelques minutes dans une déclaration structurée, au lieu d'un message perdu dans les transmissions.

Voir la déclaration des événements indésirables

Ce que disent la HAS et les textes

Nous avons relu trois sources officielles : la recommandation HAS sur les personnes âgées faisant des chutes répétées[1], l'analyse HAS des déclarations d'événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) en EHPAD, datée de juillet 2026[2], et le décret du 21 décembre 2016 sur le signalement des structures médico-sociales[3]. Aucune ne décrit une procédure unique « après chute » : les sept étapes ci-dessous les assemblent, et nous indiquons à chaque fois ce qui vient d'une source et ce qui est une proposition d'OxcaSanté.

Ce que chaque source apporte
SourceCe qu'elle établit
HAS, chutes répétées (2009)[1]Après une chute, rechercher d'abord les signes de gravité : conséquences, maladie aiguë responsable, caractère répétitif. Trois situations exposent à une chute grave : ostéoporose avérée, anticoagulants, isolement social et familial. Réévaluer la personne dans la semaine. Si le séjour au sol dépasse une heure, doser les CPK et la créatinine.
HAS, EIGS en EHPAD (juillet 2026)[2]Les chutes représentent 1 113 des 2 307 déclarations analysées (48,2 %), le plus souvent dans la chambre ou la salle à manger. Les déclarants citent l'absence ou la méconnaissance des protocoles de conduite à tenir en cas de chute, notamment pour les résidents sous anticoagulant, et des protocoles connus mais non respectés, dont la déclaration, la traçabilité et le suivi des chutes.
Décret n° 2016-1813 (R. 331-8 à R. 331-10 CASF)[3]Le directeur signale à l'autorité compétente, sans délai et par tout moyen, les événements qui menacent ou compromettent la santé, la sécurité ou le bien-être des personnes accueillies. Un signalement oral est confirmé sous 48 heures par courriel ou par courrier, sans donnée personnelle.

À retenir. La recommandation de 2009 vise les personnes de plus de 65 ans ayant fait au moins deux chutes en 12 mois[1]. Nous reprenons sa grille de gravité pour toute chute, y compris la première : c'est notre lecture prudente, pas une disposition de la HAS. Cet article ne remplace ni le protocole validé par votre médecin coordonnateur, ni le jugement clinique des soignants.

Étape 1 : évaluer le résident sur place

Action. L'agent qui découvre le résident appelle immédiatement un soignant habilité (infirmier, ou médecin selon votre protocole). Il note l'heure de la découverte et la durée estimée au sol. Le soignant recherche, selon la HAS[1] :

  • les conséquences de la chute : traumatisme, impossibilité de se relever ;
  • une maladie aiguë responsable : trouble du rythme, AVC, insuffisance cardiaque, infarctus, infection, hypoglycémie chez un résident diabétique ;
  • le caractère répétitif : fréquence en augmentation, troubles de l'équilibre ou de la marche ;
  • les trois situations à risque de chute grave : ostéoporose avérée, anticoagulants, isolement social et familial.

Si le séjour au sol a dépassé une heure, la HAS recommande de doser les CPK et la créatinine sérique[1] : la prescription relève du médecin. Relever le résident ou non, avec quel matériel, c'est votre protocole qui le dit ; la HAS demande d'ailleurs des dispositifs de relevage adaptés et des professionnels formés à leur usage[2].

Qui : l'agent présent alerte, l'infirmier ou le médecin évalue.

Livrable : une évaluation post-chute datée et signée : heure de découverte, durée au sol, constats, conclusion du soignant.

Piège : relever vite et reprendre le service sans noter l'heure ni l'état du résident. Sans cette trace, ni la gravité ni la durée au sol ne se reconstituent.

Attention. Les professionnels doivent savoir, avant la chute, quels résidents sont sous anticoagulant : la HAS relève que la conduite à tenir pour ces résidents est l'un des protocoles absents ou méconnus[2]. Une liste à jour, connue des équipes de nuit, vaut mieux qu'un dossier à ouvrir au moment de l'alerte.

Étape 2 : alerter et tracer qui a été prévenu

Action. Prévenez sans attendre le médecin (traitant ou coordonnateur) et le cadre de santé ou l'IDEC ; en présence d'un signe de gravité, appelez les secours (le 15) si votre protocole le prévoit. Notez pour chaque personne qui a été prévenue, quand et comment (oral ou écrit). Ce dernier point est facile à oublier et c'est lui qu'on vous demandera en cas de contrôle ou de litige.

Qui : l'infirmier ou l'agent de nuit, selon l'organisation de votre établissement.

Livrable : une ligne par personne alertée : fonction, heure, mode (oral ou écrit).

Piège : une alerte orale à un collègue qui prend ensuite son poste ailleurs. La HAS cite parmi les barrières défaillantes des transmissions non consultées[2] : confirmez par écrit.

La déclaration d'OxcaSanté comporte un tableau « Signalement immédiat » qui croise la fonction de la personne prévenue et le mode (oral ou écrit), sans limite d'entrées : la trace de l'étape 2 se remplit au même endroit que le reste de l'événement. Voir le formulaire de déclaration.

Étape 3 : surveiller et réévaluer

Action. Le médecin ou l'infirmier fixe la surveillance (nature, fréquence, durée) et elle est écrite dans le dossier, pas seulement dite en relève. La HAS demande en outre de réévaluer la personne dans la semaine, pour repérer les signes de gravité qui apparaissent après coup : peur de chuter, réduction des activités de la vie quotidienne, syndrome post-chute[1]. Planifiez ce rendez-vous le jour même, par exemple à J+7.

Qui : le médecin prescrit, l'infirmier planifie, les aides-soignants appliquent et tracent.

Livrable : une consigne de surveillance écrite et une date de réévaluation dans le dossier.

Piège : une consigne qui se perd au changement d'équipe. Parmi les EIGS analysés par la HAS, 6,1 % sont survenus lors d'un changement d'équipe[2] : ce moment demande une transmission écrite.

Étape 4 : informer le résident et ses proches

Action. Le résident est informé le premier, dans des mots adaptés à sa compréhension. Les proches le sont ensuite, en commençant par la personne de confiance si elle est désignée. Proposition OxcaSanté : le jour même, par un professionnel qui connaît le résident, avec les faits, l'état du résident et la surveillance prévue. Si la chute a causé un dommage lié à la prise en charge, la démarche d'annonce est détaillée dans notre article sur l'annonce d'un dommage associé aux soins. Aucun texte lu ne fixe de délai pour une simple chute : c'est un choix d'organisation à écrire dans votre protocole.

Qui : le cadre de santé, l'IDEC ou l'infirmier référent du résident.

Livrable : une mention dans le dossier : qui a été informé, par qui, quand, ce qui a été dit.

Piège : laisser la famille découvrir la chute à la visite suivante, ou par un tiers. La confiance se perd moins sur la chute que sur le silence.

Étape 5 : déclarer en interne et, si besoin, aux autorités

Action. Déclarez toute chute en interne, même sans blessure (recommandation OxcaSanté ; aucun texte lu ne chiffre ce seuil). La HAS relève que la déclaration, la traçabilité et le suivi des chutes figurent parmi les protocoles existants mais non respectés[2]. Une chute sans conséquence est un cousin du presque-accident : elle montre où se trouve le risque avant la fracture.

Ensuite, deux niveaux de signalement externe, qui ne se substituent pas l'un à l'autre :

  • Événement qui menace ou compromet la santé, la sécurité ou le bien-être d'une personne accueillie : le directeur le signale à l'autorité compétente (ARS ou conseil départemental), sans délai et par tout moyen, avec confirmation sous 48 heures si le signalement est oral, et sans donnée personnelle[3]. C'est à la direction de qualifier l'événement ; en cas de doute, voir notre article sur le signalement à l'ARS.
  • Événement indésirable grave associé aux soins (EIGS) : mise en jeu du pronostic vital, déficit fonctionnel permanent probable ou décès[2]. La déclaration au directeur général de l'ARS vaut aussi information de l'autorité au titre du code de l'action sociale et des familles[3]. La procédure est détaillée dans notre article sur le signalement d'un EIGS.

Exemple. Un résident chute dans sa chambre à 4 h du matin, sans blessure apparente. Déclaration interne le matin même. Deux jours plus tard, une fracture du col du fémur est diagnostiquée : la déclaration est complétée avec l'évolution clinique, et la direction examine si l'événement relève d'un EIGS. La HAS insiste sur ce point : pour une chute avec fracture, il faut bien renseigner l'évolution clinique qui justifie la gravité[2].

Qui : le professionnel présent déclare, le responsable qualité vérifie, la direction décide du signalement externe.

Livrable : une déclaration interne datée, et, le cas échéant, la trace du signalement à l'autorité (date, mode, confirmation).

Piège : attendre de « savoir si c'est grave » pour déclarer. Déclarez d'abord, complétez ensuite.

Étape 6 : analyser les causes

Action. Réunissez en quelques jours les personnes présentes et reconstituez les faits : où, quand, avec quel traitement, quel chaussage, quel matériel, quel effectif. Les chiffres HAS indiquent quoi regarder en priorité : la chambre et la salle à manger sont les lieux les plus cités, l'escalier concerne 69 déclarations, et, tous types d'EIGS confondus, 65,7 % des événements analysés ont eu lieu pendant une période de vigilance moindre ou d'effectifs incomplets (notamment la nuit, le week-end et les changements d'équipe)[2]. La HAS précise que ces données n'ont pas de valeur statistique généralisable : elles guident l'analyse, elles ne la remplacent pas.

Appliquez une méthode simple, la méthode des 5 pourquoi pour un cas isolé, le diagramme d'Ishikawa pour un cas à causes multiples.

Qui : le responsable qualité anime, avec le cadre de santé et les professionnels présents lors de la chute.

Livrable : une analyse écrite des causes, qui distingue le résident, les soins, le matériel, l'environnement et l'organisation.

Piège : s'arrêter à la cause apparente (« il a voulu se lever seul »). La HAS relève des défaillances de barrières principalement humaines[2] : demandez toujours quelle barrière a manqué.

Chaque déclaration d'OxcaSanté porte un type d'événement (par exemple « chute »), un lieu et un lieu secondaire (« Bâtiment Nord > Chambre 204 »), un service et des conséquences, ainsi que des champs pour les mesures immédiates et l'analyse des causes. Le tableau de bord statistique répartit ensuite les déclarations par type, lieu, service et conséquences : vous voyez où les chutes se concentrent sans compter à la main. Voir les statistiques de déclarations.

Étape 7 : décider des actions et réévaluer le risque

Action. L'analyse débouche sur des actions précises, chacune avec un pilote et une échéance. La HAS recommande en EHPAD d'évaluer le risque de chute dès l'arrivée du résident et de le réévaluer régulièrement, avec un plan d'action tracé si le risque est avéré, de réévaluer le bénéfice et le risque des traitements susceptibles de provoquer des chutes à chaque prescription, de généraliser l'activité physique et de respecter les bonnes pratiques de chaussage[2]. Reportez les décisions dans le projet personnalisé du résident et mesurez ensuite l'effet de l'action, comme l'explique notre article sur l'évaluation de l'efficacité d'une action corrective.

Qui : le médecin pour les traitements, le cadre de santé pour l'organisation, la direction pour les moyens.

Livrable : un plan d'actions daté (action, pilote, échéance), la mise à jour du projet personnalisé et la clôture de la déclaration.

Piège : une action du type « rappeler la vigilance aux équipes ». Elle ne se mesure pas et ne se suit pas ; préférez une action vérifiable (matériel posé, protocole diffusé, traitement revu).

Le protocole « conduite à tenir en cas de chute » et la liste des résidents sous anticoagulant ont leur place dans la bibliothèque qualité d'OxcaSanté, avec statut, version et historique, ce qui aide à prouver qu'ils sont à jour. Dans les déclarations, les actions correctives proposées et la réponse de l'évaluateur sont conservées jusqu'à la clôture. Voir la bibliothèque qualité.

L'arbre de décision

Le schéma résume le parcours, de la découverte du résident au plan d'actions, avec les deux points de bifurcation : la gravité immédiate et le niveau de signalement.

Arbre de décision après la chute d'un résident en EHPAD Après la chute, un soignant évalue le résident. S'il existe un signe de gravité, le médecin est alerté et les secours appelés si le protocole le prévoit. Sinon, une surveillance est prescrite avec réévaluation à sept jours. Dans tous les cas, la chute est déclarée en interne et le résident et ses proches sont informés. Si l'événement entraîne un décès, une mise en jeu du pronostic vital ou un déficit fonctionnel permanent probable, il s'agit d'un EIGS à déclarer à l'ARS. Sinon, la direction examine un signalement à l'autorité si l'événement menace la santé ou la sécurité du résident. Dans tous les cas, l'analyse des causes et le plan d'actions suivent. Arbre proposé par OxcaSanté d'après les sources HAS et le décret 2016-1813. Chute constatée Évaluation par un soignant Signe de gravité ? OUI NON Alerte du médecin Appel du 15 si le protocole le prévoit Surveillance prescrite et écrite Réévaluation à 7 jours Dans tous les cas Déclaration interne, information du résident et des proches Décès, pronostic vital engagé ou déficit fonctionnel permanent probable ? OUI NON EIGS : déclaration à l'ARS puis analyse des causes et plan d'actions Analyse interne, plan d'actions Signalement si la direction juge l'événement menaçant

Arbre de décision proposé par OxcaSanté d'après la recommandation HAS de 2009, l'analyse HAS des EIGS de juillet 2026 et le décret n° 2016-1813. Il ne remplace pas votre protocole médical.

Checklist récapitulative

Checklist après la chute d'un résident

  • ✓ Heure de découverte et durée estimée au sol notées
  • ✓ Évaluation par un soignant habilité, avec recherche des signes de gravité
  • ✓ Anticoagulant, ostéoporose et isolement vérifiés dans le dossier du résident
  • ✓ Avis médical demandé, dosage CPK et créatinine si plus d'une heure au sol
  • ✓ Personnes alertées tracées : fonction, heure, mode oral ou écrit
  • ✓ Surveillance écrite dans le dossier et transmise aux équipes de nuit et de week-end
  • ✓ Réévaluation du résident planifiée dans la semaine
  • ✓ Résident, personne de confiance et proches informés, avec trace de l'information
  • ✓ Déclaration interne saisie, même sans blessure
  • ✓ Qualification par la direction : signalement à l'autorité, EIGS, ou aucun des deux
  • ✓ Analyse des causes écrite, avec lieu, moment, traitement, chaussage et effectif
  • ✓ Actions décidées avec pilote et échéance, projet personnalisé mis à jour, déclaration clôturée

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Questions fréquentes

Faut-il déclarer toute chute d'un résident en EHPAD ?

Aucun texte lu ne fixe un seuil de gravité pour la déclaration interne. La HAS relève que la déclaration, la traçabilité et le suivi des chutes font partie des protocoles non respectés[2]. Notre recommandation : déclarer toute chute en interne, même sans blessure, pour voir où le risque se concentre.

Quand une chute devient-elle un EIGS ?

Lorsque ses conséquences sont graves : décès, mise en jeu du pronostic vital ou survenue probable d'un déficit fonctionnel permanent[2]. Pour une fracture, la HAS demande de renseigner l'évolution clinique du résident, car c'est elle qui justifie la gravité. La qualification relève de la direction, avec l'avis médical.

Combien de temps un résident peut-il rester au sol avant de s'inquiéter ?

Aucun délai de « sécurité » n'existe. La HAS signale le risque de complications d'un séjour au sol prolongé (rhabdomyolyse, hypothermie, escarres, pneumopathie d'inhalation, déshydratation) et recommande de doser les CPK et la créatinine au-delà d'une heure[1]. Notez donc toujours l'heure de découverte.

Faut-il prévenir la famille après une chute ?

Aucun texte lu ne fixe de délai pour une chute simple. Proposition OxcaSanté : informer le résident puis ses proches, ou sa personne de confiance, le jour même, et tracer l'information dans le dossier. En cas de dommage associé aux soins, la démarche d'annonce de la HAS s'applique, détaillée dans notre article sur l'annonce d'un dommage.

Qui peut relever un résident tombé ?

Aucun texte lu ne désigne la fonction autorisée : c'est le protocole de l'établissement, validé par le médecin coordonnateur, qui le précise. La HAS demande que les dispositifs de mobilisation et de relevage soient adaptés aux besoins et que les professionnels soient formés à leur usage[2].

Articles connexes

Sources

Cet article s'appuie sur les trois sources officielles citées ; la recommandation de 2009 concerne les chutes répétées et sa grille est reprise ici par prudence pour toute chute. Le découpage en sept étapes, l'arbre de décision, les délais proposés (information des proches le jour même, réévaluation à J+7) et la déclaration interne de toute chute sont des appréciations d'OxcaSanté, qui n'émanent ni du législateur ni de la HAS. Les fonctionnalités d'OxcaSanté citées sont celles de l'application à la date de publication. Ces éléments ne remplacent ni votre protocole médical ni la lecture des textes à jour.