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Chutes des personnes âgées : ce que révèlent les derniers chiffres et vos obligations de prévention
174 824 hospitalisations et 20 148 décès liés à une chute chez les personnes de 65 ans et plus en 2024, en hausse respectivement de 20,5 % et 18 % par rapport à 2019 : c'est ce que révèle le nouveau bulletin national publié le 12 mars 2026 par Santé publique France. Pour les décideurs des établissements de santé et des ESSMS de taille modeste, souvent sans service qualité dédié, ce bulletin rappelle que le repérage et la prévention des chutes ne sont pas une option : ils figurent noir sur blanc dans les référentiels HAS, quelle que soit la taille de la structure.
En bref
- Selon Santé publique France (bulletin du 12 mars 2026), 174 824 hospitalisations liées à une chute ont été recensées en 2024 chez les 65 ans et plus, en hausse de 20,5 % depuis 2019.
- La même année, 20 148 décès ont été enregistrés en lien avec une chute, un taux de mortalité en hausse de 18 % sur la période.
- Le risque se concentre chez les plus âgés : hospitalisation multipliée par 8,6 et mortalité par 29 chez les 85 ans et plus par rapport aux 65-74 ans.
- Un plan national visait une baisse de 20 % des chutes mortelles ou hospitalisées d'ici 2024 : le dernier bulletin constate au contraire une hausse continue.
- La HAS a actualisé en 2024 ses recommandations de prescription d'activité physique pour les personnes à risque de chute, en s'appuyant sur les recommandations 2022 de l'OMS.
- Les référentiels HAS de certification et d'évaluation des ESSMS intègrent tous deux le repérage du risque de chute, sans seuil de taille d'établissement.
Une hausse continue confirmée par le dernier bulletin national
Dans son bulletin national du 12 mars 2026, Santé publique France dresse un état des lieux chiffré sur la période 2015-2024. En 2024, 174 824 hospitalisations liées à une chute ont été recensées chez les personnes de 65 ans et plus, soit un taux standardisé de 1 198 pour 100 000 habitants de cette tranche d'âge, en hausse de 20,5 % par rapport à 2019. La même année, 20 148 décès ont été enregistrés, portant le taux de mortalité standardisé à 138 pour 100 000, en hausse de 18 % sur la période.
Le bulletin met en évidence de fortes disparités. Par âge d'abord : chez les 85 ans et plus, le taux d'hospitalisation est 8,6 fois plus élevé et le taux de mortalité 29 fois plus élevé que chez les 65-74 ans, un écart qui concerne directement le public résidant en EHPAD. Par sexe ensuite : à structure d'âge comparable, les femmes sont proportionnellement plus souvent hospitalisées, tandis que les hommes présentent une mortalité liée aux chutes plus élevée. Par région enfin : le Grand Est, la Normandie, la Bretagne et l'Auvergne-Rhône-Alpes affichent des taux supérieurs à la moyenne nationale, avec une surmortalité hivernale par rapport à l'été.
Un plan national depuis 2022, un objectif qui s'éloigne
La chute des personnes âgées n'est pas un sujet nouveau pour les pouvoirs publics. En février 2022, le ministère chargé de l'autonomie avait présenté un plan de prévention des chutes fixant un objectif clair : réduire de 20 % le nombre de chutes mortelles ou entraînant une hospitalisation d'ici 2024, sur la base d'un constat déjà alarmant de l'époque (environ deux millions de chutes par an chez les plus de 65 ans, plus de 130 000 hospitalisations). Le plan s'articulait autour de cinq axes : formation des professionnels et des seniors au repérage des signes avant-coureurs, adaptation du logement, formation à l'usage des aides à la mobilité et à la rééducation post-hospitalisation, développement de l'activité physique adaptée, et extension de la téléassistance.
Le dernier bulletin de Santé publique France permet de mesurer le chemin parcouru depuis cet objectif de 2022. Le constat est sans ambiguïté : loin d'une baisse de 20 %, les hospitalisations et les décès liés aux chutes ont augmenté sur la période. Cet écart entre l'objectif affiché et la réalité mesurée ne dit rien, à lui seul, de l'efficacité des mesures engagées localement, mais il confirme que la vigilance ne peut pas se relâcher au niveau de chaque établissement, qui reste le premier maillon de la prévention au quotidien.
Les recommandations cliniques de la HAS, actualisées en 2024
La Haute Autorité de Santé encadre le sujet depuis plusieurs années. Sa recommandation sur l'évaluation et la prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées (au moins deux chutes en douze mois) décrit une démarche clinique en trois temps : repérer les signes de gravité qui engagent le pronostic vital ou fonctionnel, identifier les facteurs de risque modifiables et non modifiables, puis mettre en œuvre une prise en charge multi-interventionnelle adaptée à la situation individuelle. La HAS a également publié un référentiel dédié à l'évaluation du risque de chute chez le sujet âgé autonome, destiné à repérer le plus tôt possible, dès un examen de prévention, les personnes à risque avant même la survenue d'une première chute grave.
Plus récemment, la HAS a publié en 2024 une synthèse sur la prescription d'activité physique pour les personnes âgées à risque de chute, qui s'appuie notamment sur les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé de 2022 en matière de prévention des chutes, telles que reprises par la HAS. Cette synthèse invite à une évaluation du risque de chute pour toute personne de 65 ans ou plus, à une information systématique sur les mesures générales de prévention, et à une réévaluation plus rapprochée, de l'ordre de six mois, pour les personnes identifiées à risque modéré ou élevé. Ce sont des repères cliniques précieux à connaître, même pour un établissement sans gériatre ni kinésithérapeute salarié : ils cadrent ce qu'on peut raisonnablement attendre d'un partenaire médical ou paramédical extérieur.
Ce que prévoient les référentiels de certification et d'évaluation ESSMS
Le repérage du risque de chute n'est pas qu'une bonne pratique clinique : c'est aussi une exigence documentaire. Pour les établissements de santé, la démarche s'inscrit dans le prolongement du référentiel de certification HAS et du référentiel dédié à l'évaluation du risque de chute cité plus haut : le repérage doit être réalisé et tracé dans le dossier de la personne prise en charge, condition nécessaire pour objectiver la prévention lors d'un audit ou d'une visite de certification.
Côté ESSMS, le référentiel d'évaluation de la qualité des ESSMS publié par la HAS (mars 2022, mis à jour jusqu'en juillet 2025) comprend 42 objectifs et 157 critères répartis en neuf thématiques communes à tous les établissements et services sociaux et médico-sociaux (voir aussi notre décryptage du référentiel d'évaluation HAS pour les ESSMS). Un objectif est spécifiquement consacré à la prévention et à l'éducation à la santé de la personne accompagnée, qui couvre notamment l'activité physique, l'un des leviers reconnus de prévention des chutes selon les recommandations HAS et OMS citées ci-dessus. Ni ce référentiel d'évaluation ESSMS ni celui de la certification des établissements de santé ne prévoient de seuil de taille : une petite structure de moins de 50 salariés est tenue aux mêmes exigences de repérage qu'un grand établissement, avec moins de moyens dédiés pour les mettre en œuvre.
Ce que ça implique concrètement pour un EHPAD ou une petite structure
- Repérer systématiquement le risque à l'entrée et réévaluer régulièrement dans le temps, avec un point rapproché, de l'ordre de 6 mois, pour les personnes identifiées à risque modéré ou élevé, conformément aux repères HAS cités plus haut.
- Tracer cette évaluation dans le dossier de la personne accompagnée : c'est la preuve documentaire attendue lors d'un contrôle ou d'une évaluation externe.
- Déclarer chaque chute comme un événement indésirable structuré, avec son lieu, ses circonstances et ses conséquences, plutôt que de la laisser rester un incident isolé sans suite (voir notre guide sur la déclaration d'événement indésirable).
- Analyser les chutes déclarées par lieu, service et période pour repérer les zones ou moments les plus exposés, un couloir mal éclairé, une salle de bain glissante, un pic nocturne, et nourrir la cartographie des risques a priori de l'établissement.
- Construire un plan d'actions ciblé à partir de ces constats : aides techniques, formation du personnel au repérage des signes avant-coureurs, aménagement des locaux, orientation vers une activité physique adaptée.
Comment un outil qualité peut vous accompagner
Structurer ce suivi ne demande pas nécessairement un service qualité dédié. OxcaSanté permet de qualifier chaque déclaration par un type d'événement, dont la chute fait partie des exemples courants, avec un lieu, un lieu secondaire, un secteur d'activité et un service, ainsi que les conséquences constatées pour la personne, pour un professionnel ou pour l'établissement. Ces informations alimentent ensuite des statistiques par type d'événement et par lieu, pour visualiser où et quand les chutes se concentrent dans l'établissement. La bibliothèque qualité documentaire permet par ailleurs de centraliser et de retrouver facilement les protocoles de prévention des chutes en vigueur au moment d'une évaluation. Cela ne remplace pas l'évaluation clinique du risque par les professionnels de santé, qui reste indispensable, mais cela structure la traçabilité et l'analyse qui sont, elles, directement attendues par les référentiels HAS.
Questions fréquentes
Une petite structure doit-elle évaluer le risque de chute au même titre qu'un grand établissement ?
Oui. Ni le référentiel de certification des établissements de santé, ni le référentiel d'évaluation des ESSMS ne prévoient de seuil de taille pour l'évaluation du risque de chute : elle s'impose à toute structure accompagnant des personnes âgées, quel que soit son effectif.
Faut-il déclarer chaque chute comme un événement indésirable ?
C'est une bonne pratique recommandée : une chute déclarée avec son lieu, ses circonstances et ses conséquences permet d'alimenter la cartographie des risques de l'établissement et de cibler les actions de prévention, plutôt que de rester un incident isolé sans suite.
À quelle fréquence réévaluer le risque de chute d'une personne âgée ?
Selon les synthèses de la HAS actualisées en 2024, une évaluation du risque de chute est recommandée pour toute personne de 65 ans ou plus, avec une réévaluation rapprochée, autour de 6 mois, pour les personnes identifiées à risque modéré ou élevé.
Où trouver les outils officiels d'évaluation du risque de chute ?
La HAS met à disposition un référentiel dédié à l'évaluation du risque de chute chez le sujet âgé autonome, sa recommandation sur la prise en charge des chutes répétées, et des fiches de synthèse actualisées en 2024 sur la prescription d'activité physique pour les personnes à risque, toutes accessibles gratuitement sur has-sante.fr.
Sources
- Santé publique France – Hospitalisations et mortalité en lien avec une chute chez les personnes de 65 ans et plus en France, données 2015-2024 (12 mars 2026)
- HAS – Évaluation et prise en charge des personnes âgées faisant des chutes répétées
- HAS – Référentiel concernant l'évaluation du risque de chutes chez le sujet âgé autonome et sa prévention
- HAS – Synthèse : prescription d'activité physique, personnes âgées à risque de chute (2024)
- HAS – Évaluation des ESSMS : référentiel et manuel
- Gouvernement – Prévention des chutes des personnes âgées : un plan pour les réduire de 20 % d'ici 2024
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