Actualité · Événements indésirables
EIGS en EHPAD : pourquoi près de 17 % des déclarations sont inexploitables selon la HAS
Un EHPAD déclare un événement indésirable grave : chute avec fracture, fausse route, fugue. Dans son rapport de 2026, la HAS a lu les déclarations reçues depuis 2017 et en a écarté près de 17 % parce qu'elles étaient trop incomplètes pour en tirer des leçons. Cet article reprend le carrousel LinkedIn slide par slide : ce qu'est une déclaration « comptable », ce que la HAS attend d'une déclaration utile et le test à faire avant de déclarer. [1]
Une déclaration utile commence par une fiche structurée. Voyez comment OxcaSanté enregistre et suit vos déclarations d'événements indésirables, de la déclaration à la clôture.
Découvrir OxcaSanté en démoDéclarer pour cocher une case n'aide aucun résident
Le hook du carrousel est tranché sur la forme, mais il repose sur une phrase du rapport que la HAS a publié en septembre 2026 sur les événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) en EHPAD : « Les déclarations d'EIGS réalisées dans un but « comptable » ne sont souvent pas analysées correctement et ne permettent donc pas d'améliorer la sécurité des résidents. » [1]
Attention au contresens : la déclaration reste obligatoire. Tous les professionnels de santé et tous les établissements, dont les EHPAD, doivent déclarer les EIGS auxquels ils sont confrontés [1]. Ce que la HAS met en cause, c'est une déclaration faite uniquement pour s'acquitter de cette obligation, sans analyse derrière.
747 déclarations écartées sur 4 433 lues
Pour son rapport, la HAS a lu en intégralité 4 433 déclarations reçues entre le 1er mars 2017 et le 11 juin 2025, dans lesquelles un EHPAD est potentiellement impliqué [1]. Parmi elles, 747 ont été jugées inexploitables « en raison d'un manque de qualité » : déclarations très incomplètes, analyse des causes profondes très insuffisante.
Dans ses préconisations, la HAS résume ce constat ainsi : près de 17 % des déclarations d'EIGS en lien avec les EHPAD étaient inexploitables [1]. C'est le ratio de 747 sur 4 433, soit 16,9 %, ce qui correspond à près d'une déclaration sur six.
Limite à garder en tête : ces chiffres portent sur les déclarations reçues par la HAS, pas sur ce qui se passe dans chaque établissement. La HAS précise elle-même qu'il existe une sous-déclaration importante des EIGS en France et que ces données n'ont pas de valeur statistique généralisable [1].
Au programme : trois idées
Le carrousel tient en trois idées :
- ce qu'est une déclaration « comptable » ;
- ce que la HAS attend d'une déclaration utile ;
- le test à faire avant de déclarer sur le portail.
Le tri de la HAS : ce qu'il reste après lecture
Voici le détail de la sélection, tel que le rapport le présente [1] :
- 4 433 déclarations identifiées et lues ;
- 1 375 hors sujet (événements non graves, non associés aux soins ou sans lien avec un EHPAD) ;
- 4 doublons ;
- 747 inexploitables ;
- 2 307 déclarations retenues pour l'analyse.
Le calcul tombe juste : 4 433 moins 1 375, moins 4, moins 747, égale 2 307. Les 747 déclarations écartées pour manque de qualité ne servent donc pas à tirer des enseignements, alors que ces déclarations portent sur des événements présentés comme graves.
La déclaration « comptable » : faite pour l'obligation, pas pour prévenir
La HAS écrit que l'objectif premier de la déclaration n'est pas de répondre à des obligations réglementaires (déclaration des EIGS, évaluation des ESSMS, contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens) ni d'éviter les contentieux, comme les plaintes des familles. L'objectif est d'essayer de prévenir la survenue des EIGS ou d'en atténuer les conséquences pour les résidents [1].
Une déclaration « comptable » est donc une déclaration faite pour cocher la case, sans la réflexion qui permettrait d'éviter le prochain événement. Selon la HAS, elle n'est souvent pas analysée correctement [1].
Le signe qui trahit : une analyse très courte
La HAS décrit ces déclarations « comptables » : elles concernent surtout des chutes, des suicides, des fugues et des fausses routes, leur analyse est très succincte voire inexistante, et les causes profondes mises en avant sont principalement celles liées aux résidents [1].
Notre analyse : cela ne veut pas dire que toute déclaration de chute est « comptable ». Les chutes représentent d'ailleurs 1 113 des 2 307 déclarations retenues, soit 48,2 % [1]. Le signal d'alerte est ailleurs : quand la seule cause notée est l'état du résident, il est probable que la question de l'organisation, du lieu et de l'heure n'a pas été posée.
Quatre ingrédients d'une déclaration utile
Pour améliorer la qualité des déclarations, la HAS cite ce qu'il faut y trouver [1] :
- une chronologie précise de l'événement ;
- des causes immédiates et des causes profondes détaillées ;
- la pluralité nécessaire des causes profondes, car un EIGS résulte toujours d'une combinaison de causes ;
- des actions réalistes et détaillées.
Elle ajoute d'inclure dans l'analyse le personnel non permanent impliqué, même s'il n'est plus présent, ainsi que les professionnels et structures extérieurs à l'EHPAD [1]. Son guide d'analyse des événements indésirables suit la même logique en quatre étapes : reconstituer la chronologie, rechercher les causes, analyser les barrières de sécurité, puis définir un plan d'action et son suivi [3].
Une fiche qui réunit la description, la date de survenue, les mesures immédiates, l'analyse des causes et les actions correctives proposées aide à ne rien oublier. Voyez comment OxcaSanté structure vos déclarations d'événements indésirables, de la déclaration à la clôture. L'outil n'analyse pas à votre place : l'analyse reste le travail de votre équipe.
Découvrir OxcaSanté en démoLe piège : chercher un coupable
Le guide d'analyse de la HAS range parmi les écueils à éviter le fait de centrer l'analyse sur la recherche d'un coupable plutôt que sur la compréhension des mécanismes de survenue [3].
Dans le rapport, de nombreux déclarants signalent un manque de culture de sécurité, et dans une dizaine de cas des sanctions prises envers des professionnels. Pour encourager la déclaration, la HAS indique que les établissements peuvent mener une enquête de culture de sécurité des soins, mettre en place une charte d'incitation à la déclaration incluant une non-sanction du personnel, informer sur l'intérêt de déclarer ou simplifier le système de déclaration interne [1].
Pour aller plus loin : notre modèle de charte de confiance et de non-punition et notre guide de l'enquête de culture de sécurité.
Avant de déclarer au portail : est-ce bien un EIGS ?
La HAS demande aux professionnels de vérifier, avant la déclaration sur le portail, que l'événement répond bien à la définition réglementaire d'un EIGS, en particulier sur la gravité [1].
L'article R. 1413-67 du code de la santé publique parle d'un événement indésirable grave associé à des soins, inattendu au regard de l'état de santé et de la pathologie de la personne, dont les conséquences sont le décès, la mise en jeu du pronostic vital ou la survenue probable d'un déficit fonctionnel permanent [4]. La slide en tire trois questions simples. Le texte de l'article contient d'autres précisions : relisez-le avant de trancher un cas limite.
Pour les chutes avec fracture, la HAS rappelle qu'il faut bien renseigner l'évolution clinique du résident qui justifierait de considérer l'événement comme grave (pronostic vital, déficit fonctionnel permanent probable, décès) [1]. Un événement qui n'est pas un EIGS peut rester à déclarer ailleurs : les structures médico-sociales doivent aussi déclarer des événements indésirables graves au sens de l'article L. 331-8-1 du code de l'action sociale et des familles, selon 11 catégories fixées par un arrêté du 28 décembre 2016 [1].
À retenir
À retenir
- Près d'une déclaration d'EIGS en EHPAD sur six, reçue par la HAS, est inexploitable.
- Déclarer pour se couvrir n'apprend rien : la HAS attend une analyse.
- Chronologie, causes, actions : sans chercher de coupable.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une déclaration d'EIGS « comptable » ?
Dans son rapport de 2026 sur les EHPAD, la HAS qualifie ainsi une déclaration réalisée dans un but d'obligation ou d'évitement de contentieux plutôt que pour prévenir un nouvel événement. Elle indique que ces déclarations concernent surtout des chutes, des suicides, des fugues et des fausses routes, que leur analyse est très succincte voire inexistante et que les causes mises en avant sont surtout liées aux résidents. [1]
Faut-il déclarer chaque chute comme un EIGS ?
Pas automatiquement. La HAS demande de vérifier que l'événement répond à la définition réglementaire d'un EIGS, en particulier sur la gravité. Pour une chute avec fracture, il faut renseigner l'évolution clinique qui justifie la gravité : mise en jeu du pronostic vital, déficit fonctionnel permanent probable ou décès. Un événement qui n'est pas un EIGS peut rester à traiter en interne ou à déclarer comme événement indésirable grave du code de l'action sociale et des familles. [1][4]
Que doit contenir une bonne déclaration selon la HAS ?
Une chronologie précise de l'événement, des causes immédiates et profondes détaillées, plusieurs causes profondes identifiées, et des actions réalistes et détaillées. La HAS recommande aussi d'inclure dans l'analyse le personnel non permanent impliqué et les professionnels ou structures extérieurs à l'EHPAD. [1]
Un EIG et un EIGS, est-ce la même chose ?
Non. Selon la HAS, les structures médico-sociales doivent déclarer des événements indésirables graves (EIG) définis par l'article L. 331-8-1 du code de l'action sociale et des familles, qui ne sont pas nécessairement associés aux soins. L'arrêté du 28 décembre 2016 précise 11 catégories. Les EIGS relèvent de l'article R. 1413-67 du code de la santé publique. La HAS note que cette double obligation peut compliquer le circuit et conduire à des doubles déclarations dans certains cas. [1][4]
OxcaSanté aide-t-il sur ce sujet ?
OxcaSanté permet d'enregistrer vos déclarations d'événements indésirables avec description, date de survenue, mesures immédiates, analyse des causes et actions correctives proposées, puis de les suivre jusqu'à la clôture, avec historique. L'outil n'effectue pas la déclaration au portail national à votre place et ne remplace ni l'analyse de votre équipe ni la lecture des textes.
Structurez chaque déclaration
Une démo personnalisée permet de voir comment OxcaSanté enregistre vos déclarations d'événements indésirables, avec description, mesures immédiates, analyse des causes et actions, et les suit jusqu'à la clôture.
Découvrir OxcaSanté en démoArticles connexes
- Charte de non-punition : modèle en 6 étapes
- 5 pourquoi en santé : analyser les causes d'un EI
- Près d'1 déclaration grave sur 2 en EHPAD : une chute, ce que dit l'analyse HAS
Sources
- [1] Haute Autorité de santé (HAS) · Rapport « Analyse des déclarations d'évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS) en lien avec les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) », adopté par le Collège le 2 juillet 2026 (lue le 4 novembre 2026) · confiance : source officielle (autorité publique indépendante). Pages citées : 4 à 6 (méthode, tri des déclarations), 7 à 9 (résultats), 18 et 19 (préconisations)
- [2] Haute Autorité de santé (HAS) · Page de présentation « Analyse des déclarations d'EIGS en lien avec les Ehpad » (mise en ligne le 16 septembre 2026) (lue le 4 novembre 2026) · confiance : source officielle. Confirme la publication, la date de validation (2 juillet 2026) et la priorité donnée au renforcement de la culture de sécurité
- [3] Haute Autorité de santé (HAS) · Guide « L'analyse des évènements indésirables associés aux soins (EIAS) : mode d'emploi » (validé le 23 septembre 2021, mis à jour en mars 2026) (lue le 4 novembre 2026) · confiance : source officielle
- [4] Légifrance · Article R. 1413-67 du code de la santé publique (définition de l'événement indésirable grave associé à des soins) (lue le 4 novembre 2026) · confiance : source officielle (texte réglementaire, en vigueur depuis le 28 novembre 2016)
Note méthodologique : le rapport de la HAS a été lu en entier le 4 novembre 2026, avec les pages citées ci-dessus. Les chiffres (4 433 ; 1 375 ; 4 ; 747 ; 2 307 ; 1 113) viennent de ce seul rapport, qui reprend lui-même le constat des « près de 17 % » dans ses préconisations. Les 16,9 % et « près d'une déclaration sur six » sont des calculs de notre part à partir de 747 et 4 433. Ces données concernent les déclarations reçues par la HAS entre le 1er mars 2017 et le 11 juin 2025 : elles ne sont pas représentatives de l'ensemble des établissements, la HAS signalant elle-même une sous-déclaration importante. Les passages « Notre analyse » sont nos avis, pas des textes. Cet article ne remplace pas la lecture des textes ni l'avis de votre ARS.
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