Procédure

DASRI : la procédure complète pour trier, entreposer et éliminer vos déchets à risque infectieux

Une aiguille jetée dans la mauvaise poubelle, un carton DASRI entreposé depuis trois mois sans convention signée avec un prestataire, un bordereau de suivi introuvable le jour d'un contrôle : la gestion des déchets d'activités de soins à risque infectieux (DASRI) reste, dans beaucoup de petites structures, une procédure improvisée plutôt qu'écrite. Elle concerne pourtant tout producteur de soins, du cabinet médical isolé à l'EHPAD, quelle que soit la quantité produite. À la fin de cet article, vous saurez identifier ce qui est un DASRI, appliquer les six étapes de la procédure réglementaire, respecter les délais d'entreposage exacts selon votre volume, et éviter les pièges qui exposent le plus votre structure.

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1. Le cadre réglementaire des DASRI

Un déchet d'activités de soins à risque infectieux est défini par l'article R.1335-1 du Code de la santé publique : il s'agit d'un déchet issu d'une activité de diagnostic, de suivi ou de traitement, qui présente un risque infectieux du fait qu'il contient des micro-organismes viables ou leurs toxines, ou un risque mécanique du fait qu'il est piquant, coupant ou tranchant[1]. Dans les faits, tout objet piquant, coupant ou tranchant (aiguille, lancette, scalpel) est classé DASRI par défaut, même sans risque infectieux avéré : c'est le risque mécanique qui suffit à le qualifier.

Les obligations du producteur sont fixées par les articles R.1335-1 à R.1335-8-7 du Code de la santé publique, issus du décret n° 97-1048 du 6 novembre 1997 : obligation de tri à la source, d'emballage dans un contenant réglementaire, d'entreposage dans un délai limité, puis d'élimination par incinération ou par prétraitement désinfectant (banalisation)[2]. Deux arrêtés du 7 septembre 1999, plusieurs fois modifiés, précisent respectivement les modalités d'entreposage et le contrôle des filières d'élimination ; un arrêté du 24 novembre 2003 encadre les emballages[3].

À retenir

  • Base légale : articles R.1335-1 à R.1335-8-7 du Code de la santé publique (décret n° 97-1048).
  • Tout objet piquant, coupant ou tranchant est classé DASRI par défaut.
  • Le producteur reste responsable jusqu'à l'élimination finale, même en confiant la collecte à un prestataire.
  • Aucun seuil d'activité n'exonère de ces obligations : elles s'appliquent à un cabinet isolé comme à un grand établissement.

2. La procédure en six étapes

Étape 1 — Identifier et trier à la source

Action à réaliser : séparer immédiatement, au plus près du soin, les DASRI (piquants-coupants-tranchants, déchets mous souillés de sang ou de liquides biologiques, pièces anatomiques non aisément identifiables) des déchets assimilés aux ordures ménagères[2].

Qui la réalise : le professionnel qui produit le déchet au moment du soin, quel que soit son statut (médecin, infirmier, aide-soignant, professionnel paramédical).

Livrable attendu : un tri effectif dès la production, sans reconditionnement ultérieur.

Piège fréquent à éviter : trier « après coup », en fin de tournée ou de vacation. Le mélange, même bref, avec des déchets ménagers oblige à traiter l'ensemble comme un DASRI, ce qui alourdit inutilement les volumes et les coûts.

Étape 2 — Conditionner dans l'emballage réglementaire

Action à réaliser : utiliser un emballage à usage unique conforme aux normes en vigueur : collecteurs ou mini-collecteurs pour les déchets perforants, sacs ou fûts pour les déchets mous, adaptés au volume réellement produit[3].

Qui la réalise : le professionnel producteur, avec un contenant mis à disposition et positionné au point de production (chambre, salle de soins, cabinet).

Livrable attendu : un emballage fermé de façon définitive avant enlèvement, jamais rouvert une fois clos.

Piège fréquent à éviter : laisser un collecteur se remplir au-delà des trois quarts de sa capacité. Un collecteur trop plein augmente le risque de perforation lors de la fermeture : c'est l'une des premières causes d'accident d'exposition au sang (AES) évitable.

Un accident d'exposition au sang lié à un tri DASRI est avant tout un événement indésirable à déclarer. Le module Déclarations d'événements indésirables d'OxcaSanté permet de qualifier chaque déclaration par type d'événement, lieu et secteur d'activité, puis d'en visualiser la répartition : de quoi objectiver si les AES se concentrent sur un service ou un poste de travail précis. Découvrir le module Événements indésirables.

Étape 3 — Entreposer en respectant le délai maximal

Action à réaliser : stocker les emballages fermés dans un local ou un contenant dédié, à l'écart du public et des denrées, en respectant le délai maximal entre la production effective du déchet et son enlèvement (détaillé section 3)[4].

Qui la réalise : le responsable désigné de la gestion des déchets dans la structure (cadre de santé, responsable qualité, praticien lui-même en cabinet isolé).

Livrable attendu : un registre ou un simple tableau de suivi des dates d'entrée en zone d'entreposage, pour prouver le respect du délai en cas de contrôle.

Piège fréquent à éviter : confondre le délai calculé depuis la date de mise en stockage avec celui calculé depuis la date de production réelle du déchet. Le texte retient la seconde : un carton rempli progressivement sur plusieurs semaines doit être daté dès son premier remplissage, pas à sa fermeture.

Étape 4 — Organiser l'enlèvement avec un prestataire agréé

Action à réaliser : signer une convention avec une filière d'élimination agréée (collecte, transport, incinération ou banalisation) avant tout premier enlèvement, en fixant fréquence, tarifs et responsabilités de chaque partie[5].

Qui la réalise : le représentant légal de l'établissement, ou le praticien producteur pour une structure de ville.

Livrable attendu : la convention signée, conservée dans le dossier « déchets » de l'établissement, et renouvelée à son échéance.

Piège fréquent à éviter : laisser une convention arriver à échéance sans la renouveler formellement. Un enlèvement réalisé hors convention en cours de validité fragilise toute la traçabilité de la filière en cas de contrôle.

Étape 5 — Assurer la traçabilité jusqu'à l'élimination

Action à réaliser : compléter le bordereau de suivi à chaque étape de la chaîne (producteur, transporteur, exploitant de la filière), qui documente la quantité remise, la date d'enlèvement et le mode de traitement final[5]. La dématérialisation de ce suivi via l'application Trackdéchets, portée par le ministère de la Transition écologique, doit être précisée par voie réglementaire d'ici le premier semestre 2026[6].

Qui la réalise : le producteur pour sa part du bordereau, puis chaque intervenant de la filière pour la sienne.

Livrable attendu : un bordereau complet et archivé, preuve que le déchet a atteint son point d'élimination final.

Piège fréquent à éviter : s'arrêter au bon de collecte du transporteur, sans vérifier que le bordereau est bien clôturé côté élimination finale. C'est cette clôture, et non le simple enlèvement, qui prouve la traçabilité complète.

Étape 6 — Former les équipes et documenter la procédure

Action à réaliser : formaliser un protocole DASRI écrit (tri, emballages, délais, conduite à tenir en cas d'AES), le diffuser et former chaque professionnel concerné, en particulier les nouveaux arrivants et les intervenants extérieurs.

Qui la réalise : le responsable qualité ou le référent hygiène, en lien avec l'encadrement de proximité.

Livrable attendu : un protocole daté et versionné, avec une preuve de diffusion aux équipes.

Piège fréquent à éviter : rédiger le protocole une fois, puis ne jamais le mettre à jour. Un changement de prestataire, de contenant ou de local d'entreposage rend le protocole obsolète du jour au lendemain s'il n'est pas révisé en conséquence.

Un protocole DASRI n'a de valeur que s'il est à jour et accessible à qui en a besoin, sans ressaisie. La bibliothèque qualité d'OxcaSanté classe vos documents par processus et sous-processus, conserve l'historique des versions et permet de partager un protocole par lien ou par e-mail directement aux équipes concernées. Voir le module Gestion documentaire.

3. Les délais maximaux d'entreposage

Le délai entre la production effective d'un DASRI et son élimination (incinération ou prétraitement) est strictement encadré par l'arrêté du 7 septembre 1999 relatif aux modalités d'entreposage, modifié notamment par l'arrêté du 14 octobre 2011. Il dépend uniquement de la quantité produite sur un même site, appréciée en moyenne mensuelle glissante sur douze mois[4] :

Plus de 100 kg / semaine

72h

gros producteurs

Entre 15 et 100 kg / mois

7 jours

structures moyennes

Entre 5 et 15 kg / mois

1 mois

jusqu'à 3 mois si exclusivement perforants

Moins de 5 kg / mois

3 mois

petits producteurs (cabinets)

Seuils appréciés en moyenne sur douze mois consécutifs, avec une tolérance de dépassement ponctuel de 10 %[4]. La plupart des cabinets médicaux et paramédicaux isolés se situent dans la dernière catégorie ; un EHPAD ou une clinique se situe le plus souvent dans les deux catégories intermédiaires selon son activité.

4. Le logigramme de la procédure

Ce schéma résume l'enchaînement des six étapes, du tri à la source jusqu'à l'élimination tracée.

Logigramme de la procédure DASRI Tri à la source, puis conditionnement, puis entreposage limité dans le temps, puis enlèvement par un prestataire agréé, puis élimination tracée par bordereau de suivi. Tri à la source Emballage normé Entreposage 72h à 3 mois selon la quantité Enlèvement prestataire agréé (convention) Élimination tracée (bordereau) Traçabilité continue par bordereau de suivi, du producteur à l'exploitant de la filière
Les six étapes de la procédure DASRI, du tri à la source à l'élimination tracée.

5. La convention avec le prestataire : la trame

La convention d'élimination formalise la relation entre le producteur et la filière agréée ; plusieurs ARS en diffusent d'ailleurs des modèles types à destination des professionnels de ville et des petits établissements[7]. Une trame commentée doit a minima préciser :

  • Identification des parties : producteur (structure ou praticien) et prestataire agréé, avec son numéro d'agrément.
  • Nature et volume des déchets pris en charge (perforants seuls, ou perforants et mous).
  • Fréquence des enlèvements, cohérente avec le délai maximal d'entreposage applicable à votre volume.
  • Modalités de facturation : forfait, tarif au poids, ou au collecteur.
  • Engagement de traçabilité : transmission du bordereau de suivi jusqu'à l'élimination finale.
  • Durée, reconduction et conditions de résiliation, avec un préavis explicite.

6. Checklist récapitulative

  • Vérifier que tout objet piquant, coupant ou tranchant est trié dès sa production.
  • Utiliser des emballages normés, adaptés au volume, jamais remplis au-delà des trois quarts.
  • Dater l'entreposage dès le premier remplissage, pas à la fermeture du contenant.
  • Respecter le délai maximal d'entreposage correspondant à la quantité réellement produite.
  • Vérifier que la convention avec le prestataire est signée et à jour.
  • Archiver chaque bordereau de suivi jusqu'à sa clôture par l'exploitant de la filière.
  • Disposer d'un protocole écrit, daté, diffusé et connu de chaque professionnel concerné.
  • Savoir déclarer un accident d'exposition au sang lié à un DASRI, sans délai.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un DASRI ?

Un déchet d'activités de soins à risque infectieux (DASRI) est un déchet issu d'une activité de diagnostic, de suivi ou de traitement qui présente un risque infectieux du fait qu'il contient des micro-organismes viables ou leurs toxines, ou qui présente un risque mécanique du fait qu'il est piquant, coupant ou tranchant, même en l'absence de risque infectieux identifié (article R.1335-1 du Code de la santé publique).

Quels déchets sont considérés comme des DASRI ?

Aiguilles, seringues, lancettes et autres objets piquants ou coupants, compresses, pansements et champs opératoires souillés de sang ou de liquides biologiques, ainsi que les pièces anatomiques d'origine humaine non aisément identifiables. Tout objet piquant, coupant ou tranchant est classé DASRI par défaut, qu'il ait ou non été en contact avec un patient.

Combien de temps peut-on entreposer des DASRI avant élimination ?

Le délai maximal dépend de la quantité produite sur le même site : 72 heures au-delà de 100 kg par semaine, 7 jours entre 15 et 100 kg par mois, 1 mois entre 5 et 15 kg par mois (jusqu'à 3 mois si les DASRI sont exclusivement perforants), et 3 mois en dessous de 5 kg par mois.

Qui est responsable de l'élimination des DASRI dans un cabinet médical ou un EHPAD ?

Le producteur du déchet reste responsable de son élimination jusqu'à sa destruction finale, même lorsqu'il confie la collecte à un prestataire. Dans un cabinet, le praticien ou la structure qui l'emploie est responsable ; en établissement, c'est le représentant légal de l'établissement.

Que risque un établissement qui ne respecte pas les obligations DASRI ?

Le non-respect de ces obligations constitue une infraction au Code de l'environnement, passible de sanctions pénales, auxquelles peuvent s'ajouter des mesures administratives comme la mise en demeure ou la suspension d'activité. Au-delà de la sanction, l'absence de filière tracée expose surtout à un risque infectieux et d'accident d'exposition au sang pour le personnel et les tiers.

Un patient en auto-traitement doit-il suivre la même réglementation DASRI ?

Les patients en auto-traitement (diabétiques, patients sous anticoagulants injectables) produisent aussi des DASRI, mais selon un circuit spécifique : collecteurs remis en pharmacie et repris gratuitement via les points d'apport volontaire, financés par les producteurs de médicaments et de dispositifs médicaux concernés, hors du circuit professionnel décrit dans cet article.

Articles connexes

Sources

La définition du DASRI, les obligations de tri, d'emballage et d'entreposage, ainsi que les délais maximaux par tranche de quantité, reposent sur la lecture directe du Code de la santé publique et des arrêtés du 7 septembre 1999 et du 24 novembre 2003 sur Légifrance : degré de confiance élevé. L'existence d'une infraction pénale en cas de non-respect est établie par le Code de l'environnement ; le montant précis des sanctions encourues n'a pas été confronté à une lecture directe et exhaustive du texte au moment de la rédaction et n'est donc pas chiffré dans cet article : degré de confiance modéré sur ce seul point. Les modalités de collecte des DASRI de patients en auto-traitement sont présentées de façon générale, sans citation d'un texte unique, avec un degré de confiance modéré sur le formalisme exact, variable selon les filières régionales.