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Maltraitance : le 3133 remplace le 3977, ce que change le décret SIRENA de 2026

Depuis le 1er mars 2026, le 3133 a remplacé le 3977 comme numéro national de signalement des maltraitances envers les personnes âgées, les personnes handicapées et les adultes vulnérables, avec en soutien un nouveau système d'information, SIRENA, créé par un décret du 27 février 2026. Pour les décideurs des établissements de santé et des ESSMS de moins de 50 salariés, souvent sans service qualité dédié, ce changement de canal externe tombe au même moment où la HAS pointe une fragilité bien réelle : dans son bilan 2026 de l'évaluation des ESSMS, le critère « prévention et traitement de la maltraitance » n'est validé que dans 41 % des évaluations. Ce dispositif ne modifie pas l'obligation légale de signalement qui pèse sur chaque professionnel, mais il change concrètement les documents à mettre à jour et la solidité du protocole interne à démontrer.

En bref

  • Depuis le 1er mars 2026, le 3133 remplace le 3977 comme numéro national gratuit de signalement des maltraitances, accessible 7 jours sur 7 de 9h à 20h (source : ministère du Travail et des Solidarités).
  • Un décret du 27 février 2026 crée SIRENA, le « Système d'information réclamations national », qui centralise les signalements reçus par téléphone et via un formulaire en ligne disponible depuis le 28 mai 2026.
  • En 2024, dernière année de données disponibles, le 3977 avait reçu plus de 60 000 appels et ouvert 12 677 dossiers, en hausse de 42 % en deux ans, dont 73 % de situations survenues à domicile (source : réponse ministérielle publiée au Sénat le 10 juillet 2025).
  • L'obligation de signaler une maltraitance sur un mineur ou une personne vulnérable existe depuis longtemps à l'article 434-3 du code pénal : elle n'est pas modifiée par ce nouveau dispositif, seul le canal externe change.
  • Le bilan HAS 2026 de l'évaluation des ESSMS montre que le critère « prévention et traitement de la maltraitance » n'est validé que dans 41 % des évaluations, l'un des points faibles identifiés au niveau national.

Le 3133, un nouveau numéro pour un dispositif ancien

Le 3133 est le nouveau numéro national gratuit dédié au signalement des maltraitances envers les adultes vulnérables : personnes âgées, personnes handicapées ou personnes en situation de précarité. Selon le ministère du Travail et des Solidarités, il est accessible 7 jours sur 7 de 9h à 20h sur l'ensemble du territoire, y compris les départements et régions d'outre-mer, et reste joignable par les personnes sourdes ou malentendantes via des plateformes adaptées. L'appel peut rester anonyme, et la structure qui répond oriente ensuite la situation, si nécessaire, vers l'autorité compétente : agence régionale de santé (ARS), conseil départemental ou service déconcentré de l'État chargé des solidarités.

La gestion de la ligne a été confiée à un nouvel opérateur par la voie d'une procédure de commande publique, comme l'indique la réponse du gouvernement à une question écrite publiée au Sénat le 10 juillet 2025. Cette même réponse précise que les associations départementales qui accompagnaient jusqu'ici le 3977 conservent un rôle dans la sensibilisation et la formation des professionnels, même si la plateforme d'écoute et d'orientation change de gestionnaire.

SIRENA : un système d'information qui centralise les signalements

Le décret n°2026-139 du 27 février 2026 crée le traitement de données à caractère personnel dénommé « Système d'information réclamations national », ou SIRENA, placé sous la responsabilité conjointe de la direction générale de la cohésion sociale et du secrétariat général des ministères chargés des affaires sociales. Ce système poursuit quatre finalités : recueillir et centraliser les réclamations et signalements, les orienter vers les autorités compétentes, assurer le suivi de leur traitement, et produire des statistiques d'appui aux politiques publiques.

Concrètement, SIRENA centralise depuis le 1er mars 2026 les signalements reçus par le 3133, puis, depuis le 28 mai 2026, ceux déposés via un formulaire en ligne disponible sur demat.social.gouv.fr, pensé comme un canal complémentaire pour les personnes qui préfèrent un signalement écrit ou en dehors des horaires d'ouverture téléphonique. Le décret confie aux cellules régionales prévues par le code de la santé publique (article L. 1432-1, relatif aux agences régionales de santé) le suivi du traitement des signalements et l'obligation d'informer la personne à l'origine du signalement des suites qui lui sont données. Il fixe également des durées de conservation précises : un an maximum en base active après la clôture d'une réclamation, puis six années supplémentaires en archivage intermédiaire, ce qui rejoint les exigences plus larges de traçabilité des données de santé abordées dans notre article sur le RGPD et les données de santé.

Une obligation légale de signalement qui ne date pas de 2026

La définition légale de la maltraitance résulte de la loi n°2022-140 du 7 février 2022, qui a inséré dans le code de l'action sociale et des familles un article L.119-1 : est constitutif de maltraitance tout geste, parole, action ou défaut d'action qui compromet ou porte atteinte au développement, aux droits, aux besoins fondamentaux ou à la santé d'une personne en situation de vulnérabilité, dans une relation de confiance, de dépendance, de soin ou d'accompagnement. La situation peut être ponctuelle ou durable, intentionnelle ou non, et d'origine individuelle, collective ou institutionnelle.

L'obligation de signaler une telle situation ne date pas non plus de 2026 : l'article 434-3 du code pénal impose à toute personne ayant connaissance de mauvais traitements infligés à un mineur ou à une personne qui n'est pas en mesure de se protéger en raison de son âge, d'une maladie, d'une infirmité ou d'une déficience, d'en informer les autorités, secret professionnel compris. Elle reste inchangée en 2026 : seul le canal externe change, avec un numéro unique et un système d'information partagé entre les acteurs, là où coexistaient auparavant des circuits plus disparates selon les départements.

Ce que prévoit le référentiel HAS sur la bientraitance

La prévention de la maltraitance et la promotion de la bientraitance ne sont pas seulement une obligation pénale : ce sont aussi des exigences documentaires directement évaluées. Pour les établissements de santé, notre article sur les critères impératifs de la certification HAS rappelle que la bientraitance en constitue un, l'établissement devant démontrer une politique active de prévention, la formation des professionnels et l'existence de dispositifs de signalement. Côté ESSMS, le référentiel d'évaluation HAS consacre l'une des quatre thématiques du chapitre « La personne » à la bientraitance et à l'éthique.

Le bilan que la HAS a tiré en 2026 de ces évaluations, détaillé dans notre article sur le bilan HAS 2026, montre que ce critère reste l'un des plus fragiles : la prévention et le traitement de la maltraitance n'y sont validés que dans 41 % des évaluations, un taux proche de celui de la gestion des plaintes et réclamations (43 %). C'est précisément le terrain sur lequel la mise à jour du dispositif de signalement externe et la solidité du protocole interne d'un établissement font la différence lors d'une évaluation ou d'une visite de certification.

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Ce que ça implique concrètement pour un établissement de moins de 50 salariés

  • Mettre à jour tous les documents mentionnant l'ancien numéro 3977 : livret d'accueil, règlement de fonctionnement, affichage obligatoire à l'entrée de l'établissement, pour les remplacer par le 3133.
  • Rappeler à l'ensemble du personnel, y compris aux remplaçants et aux intérimaires, l'obligation légale de signalement prévue à l'article 434-3 du code pénal, qui s'impose même aux professionnels tenus au secret dès lors que la victime est un mineur ou une personne vulnérable.
  • Maintenir un protocole interne connu de tous, précisant qui doit être informé, comment, et dans quel délai, en complément du signalement externe au 3133 ou via SIRENA.
  • Tracer chaque situation signalée en interne, avec les mesures immédiates prises et les suites données, pour objectiver la politique de prévention de la maltraitance attendue lors d'une évaluation externe ESSMS ou d'une visite de certification (voir notre guide sur la déclaration d'événement indésirable).
  • Ne pas confondre les deux niveaux : le 3133 et SIRENA constituent un canal réglementaire externe, qui ne dispense ni du protocole interne de l'établissement ni de l'obligation de signalement aux autorités judiciaires lorsque les faits le justifient.

Structurer la traçabilité interne, sans attendre la prochaine évaluation

OxcaSanté ne se substitue pas à l'obligation légale de signalement externe au 3133 ou à SIRENA : ce canal reste incontournable dès qu'une situation le justifie. En revanche, la plateforme permet de structurer la traçabilité interne qui accompagne cette obligation. Chaque déclaration peut être qualifiée par type d'événement, dont la maltraitance ou la bientraitance font partie des exemples courants, avec un tableau matriciel Fonction × Mode de signalement immédiat (oral ou écrit) qui trace qui a été prévenu et comment, sans limite d'entrées. L'historique conserve la trace de chaque étape, déclaration, analyse, réponse, clôture, ce qui objective la politique de prévention de la maltraitance attendue par le référentiel HAS. La bibliothèque qualité documentaire permet par ailleurs de centraliser et de mettre à jour facilement le protocole de signalement de l'établissement, notamment pour remplacer sans délai les mentions de l'ancien numéro 3977.

Questions fréquentes

Le 3133 remplace-t-il totalement le 3977 ?

Oui. Depuis le 1er mars 2026, le 3977 n'est plus le numéro national de référence pour signaler une maltraitance envers une personne âgée, handicapée ou vulnérable : il est remplacé par le 3133, gratuit et accessible 7 jours sur 7 de 9h à 20h.

Signaler au 3133 dispense-t-il un professionnel de signaler en interne ?

Non. Le 3133 et le système SIRENA sont un canal de signalement externe complémentaire. Ils ne remplacent ni le protocole interne de l'établissement ni l'obligation légale de signalement aux autorités prévue par l'article 434-3 du code pénal.

Combien de temps les données transmises à SIRENA sont-elles conservées ?

Le décret du 27 février 2026 prévoit une conservation en base active d'un an maximum après la clôture d'une réclamation, suivie de six années supplémentaires en archivage intermédiaire.

Une petite structure doit-elle mettre à jour ses documents mentionnant le 3977 ?

C'est recommandé sans délai : livret d'accueil, règlement de fonctionnement et affichage obligatoire doivent remplacer les mentions du 3977 par le 3133 pour rester à jour vis-à-vis des résidents, des patients et de leurs familles.

Sources

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