Décryptage · Sécurité du médicament

Retranscription des ordonnances en EHPAD : une ordonnance recopiée, une dose multipliée par 5

En février 2026, la HAS a publié un Flash Sécurité Patient consacré à la (re)transcription des prescriptions médicamenteuses. L'un des trois cas décrits se passe en EHPAD : une ordonnance ressaisie dans le logiciel, une posologie de 125 mg au lieu d'un démarrage à 25 mg, puis une hospitalisation en urgence. Vous saurez à la fin de cet article ce qui s'est passé, pourquoi l'erreur a traversé toute la chaîne, ce que dit la règle et ce que préconise la HAS.

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Une ordonnance recopiée, une dose multipliée par 5

Slide 1 du carrousel : une ordonnance recopiée, une dose multipliée par 5, cas réel décrit par la HAS, sur fond bleu nuit avec le logo OxcaSanté

La collection « Flash Sécurité Patient » de la HAS part d'événements indésirables réels, déclarés par des professionnels, pour sensibiliser aux risques. La HAS rappelle qu'ils sont toujours liés à une succession de dysfonctionnements, et précise qu'elle ne modifie ni n'interprète les événements qu'elle sélectionne[2].

Le flash de février 2026 s'intitule « (Re)transcription des prescriptions médicamenteuses. Copier une prescription, c'est risquer de coller des erreurs »[1][2]. Cet article reprend notre carrousel LinkedIn slide par slide, avec le contexte que le format ne permettait pas.

Quand l'ordonnance est ressaisie

Slide 2 du carrousel : l'ordonnance arrive de l'hôpital, quelqu'un la ressaisit dans le logiciel d'aide à la prescription, et si l'erreur naissait là

Une résidente revient à l'EHPAD après une hospitalisation et une ordonnance papier l'accompagne. Elle doit ensuite exister dans le logiciel d'aide à la prescription (LAP) de l'établissement, puis sur la feuille de traitement. Ce passage d'un support à l'autre est une « retranscription » : la HAS la définit comme une nouvelle transcription d'un texte, c'est-à-dire sa copie sur un autre support[2].

C'est un geste banal, souvent fait avec la meilleure intention. Le cas décrit par la HAS montre ce qu'il peut coûter quand rien ne vient le vérifier.

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Le cas : une résidente octogénaire

Graphique du carrousel : trois barres croissantes, 25 mg, 50 mg puis 75 mg, les paliers de l'ordonnance papier d'un antiépileptique

Une patiente octogénaire retourne dans son EHPAD à la suite d'une hospitalisation. À la sortie, on lui remet une ordonnance papier de lamotrigine, un antiépileptique, à initier avec une posologie quotidienne progressive sur plusieurs semaines : 25 mg, puis 50 mg, puis 75 mg[2].

Cette progression par paliers est le point de départ de l'histoire. Elle explique pourquoi un démarrage à la mauvaise dose a des conséquences rapides.

L'erreur : 125 mg dès le début

Graphique du carrousel : deux barres horizontales, 25 mg prévu au départ contre 125 mg saisi dans le logiciel, soit 5 fois la dose de départ

L'infirmière de l'EHPAD retranscrit la prescription de l'établissement de santé dans le LAP, en y introduisant une erreur de posologie : dès l'initiation du traitement, 125 mg de lamotrigine sont prescrits[2].

Le rapport entre 125 mg et 25 mg est de 5, d'où le titre du carrousel. Ce calcul est le nôtre, à partir des deux valeurs du flash. Le cas illustre une erreur de ressaisie, il ne dit rien de la fréquence de ce type d'erreur.

La conséquence : une hospitalisation en urgence

Slide 5 du carrousel : troubles du comportement, puis troubles de la conscience, puis fausse route, puis hospitalisation en urgence pour pneumopathie d'inhalation

Dans les jours qui suivent, la résidente présente des symptômes évocateurs d'un surdosage : troubles du comportement, puis troubles de la conscience. Elle fait ensuite une fausse route, qui nécessite une hospitalisation en urgence pour pneumopathie d'inhalation[2].

La HAS relève aussi que les professionnels n'ont pas vérifié immédiatement le traitement à l'apparition des premiers symptômes, en comparant l'ordonnance papier d'origine et la feuille de traitement, et qu'une infection urinaire, facteur confondant, a orienté la recherche vers une autre cause que le surdosage[2].

Le trajet de l'erreur dans la chaîne

Schéma du carrousel : ordonnance papier 25 mg, ressaisie dans le logiciel 125 mg, feuille de traitement retranscrite, pilulier préparé par la pharmacie, avec l'ordonnance pourtant jointe

La pharmacie a préparé le pilulier à partir d'une feuille de traitement retranscrite et transmise par l'EHPAD, alors que l'ordonnance était également jointe. La HAS note par ailleurs l'absence de double vérification de la concordance entre l'ordonnance papier et la retranscription informatique[2].

Le schéma du carrousel est une mise en forme de ces éléments : l'ordre exact des supports dans cet établissement n'est pas détaillé par la HAS au-delà de ce qui est cité ici. Retenez surtout le mécanisme : une erreur introduite en amont se propage tant qu'aucune étape ne la compare à l'original.

Les causes profondes : une organisation

Slide 7 du carrousel : trois causes, logiciels de l'hôpital et de l'EHPAD non interopérables, pas de médecin coordonnateur, médecins libéraux qui refusaient de prescrire dans le logiciel

Derrière le geste de l'infirmière, la HAS identifie des barrières absentes ou défaillantes. Le LAP de l'EHPAD et celui de l'hôpital n'étaient pas interopérables, donc les ordonnances informatisées ne pouvaient pas être partagées. Il n'y avait pas de médecin coordonnateur dans l'EHPAD, et les médecins libéraux conventionnés refusaient de prescrire dans le LAP[2].

Ajoutez l'absence de double vérification et le défaut de contrôle aux premiers symptômes : aucune cause isolée n'explique l'événement. Une enquête régionale ancienne, menée en 2014 par l'OMéDIT de Haute-Normandie auprès de 34 EHPAD sur 137, avait déjà relevé que la non-prescription dans le logiciel par les médecins traitants est à l'origine de retranscriptions par les infirmiers ou de re-prescriptions par les médecins coordonnateurs[5]. Cette source est ancienne et ne se généralise pas.

Que dit la règle, et pour qui ?

Slide 8 du carrousel : dans les établissements de santé, l'arrêté du 6 avril 2011 article 13 interdit la retranscription par des professionnels non habilités à prescrire ; pour les EHPAD, la HAS décrit le même risque et un OMéDIT parle de mauvaise pratique

Pour les établissements de santé, l'article 13 de l'arrêté du 6 avril 2011 relatif au management de la qualité de la prise en charge médicamenteuse ne permet pas la retranscription des prescriptions[3]. La HAS le cite à l'appui de son message : la retranscription, quel que soit le support, par des professionnels non habilités à prescrire n'est pas autorisée[2].

Le champ de cet arrêté est celui des établissements de santé, comme son intitulé l'indique[3]. Le flash cite pourtant ce texte dans un cas survenu en EHPAD, sans détailler sa portée pour les établissements médico-sociaux. Nous ne tranchons donc pas la question juridique : pour votre structure, rapprochez-vous de votre ARS ou de votre OMéDIT. Côté pratique, les recommandations régionales de l'OMéDIT Bretagne (mars 2026) sur le circuit du médicament en établissement social et médico-social écrivent que la retranscription est une mauvaise pratique, source d'erreur[4].

Pour les professionnels habilités à prescrire, la HAS parle d'une pratique à risque, à éviter, qui doit s'accompagner d'une vérification approfondie des dosages, posologies, durées, voies d'administration et interactions lorsqu'elle est nécessaire[2].

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Ce que préconise la HAS

Slide 9 du carrousel : trois mesures du flash, un prescripteur toujours disponible, un support numérique unique pour prescrire et administrer, la conciliation des traitements à l'admission

Le flash liste dix mesures pour gérer les risques liés aux retranscriptions. Le carrousel en retient trois : s'assurer qu'il y ait toujours un prescripteur disponible, utiliser un support unique numérique pour la prescription et l'administration, et mettre en œuvre la conciliation des traitements médicamenteux à l'admission[2].

On y trouve aussi une messagerie sécurisée intégrée au logiciel pour solliciter le prescripteur et tracer les échanges, l'usage de LAP avec des droits d'accès restreints et des profils adaptés, l'interopérabilité des systèmes d'information, une politique de formation aux outils, et l'évaluation régulière des pratiques de prescription avec retour structuré aux équipes[2]. Certaines mesures visent l'hôpital (supervision des internes), d'autres s'appliquent directement à un EHPAD.

Sans prescription écrite d'un professionnel habilité, l'administration d'un médicament n'est pas possible, sauf en situation d'urgence : l'infirmier peut alors administrer sur la base d'une prescription orale explicite et circonstanciée, que le médecin formalise par écrit dans les meilleurs délais[2].

À retenir

Slide 10 du carrousel : à retenir, copier une ordonnance c'est risquer de copier l'erreur, sans double vérification l'erreur passe à chaque étape, un symptôme après un nouveau traitement doit faire relire l'ordonnance d'origine
  • 1. Copier une ordonnance, c'est risquer de copier l'erreur (dans l'esprit du titre du flash HAS).
  • 2. Sans double vérification de concordance, l'erreur passe à chaque étape du circuit.
  • 3. Un symptôme inhabituel après un nouveau traitement : relire l'ordonnance d'origine.

Le point 3 est notre lecture du cas : la HAS relève l'absence de vérification immédiate aux premiers symptômes, elle ne le formule pas comme une préconisation distincte. Le point 1 s'inspire du titre du flash, le point 2 reprend son constat sur la double vérification[2].

Précision : OxcaSanté n'est pas un logiciel d'aide à la prescription. L'outil ne prescrit pas, ne détecte aucune erreur médicamenteuse et ne remplace ni la déclaration d'un EIGS au portail national ni les contrôles à chaque étape du circuit. Il permet de rédiger, faire approuver et publier vos documents qualité avec leurs versions, et de saisir, soumettre et clôturer vos déclarations d'événements indésirables avec un historique des actions. Il ne garantit aucune conformité.

Questions fréquentes

La retranscription d'une ordonnance est-elle interdite en EHPAD ?

La réponse n'est pas tranchée dans les sources consultées. L'article 13 de l'arrêté du 6 avril 2011, que la HAS cite, vise les établissements de santé et n'autorise pas la retranscription des prescriptions. Le flash de la HAS décrit un cas en EHPAD sans préciser la portée de ce texte pour le médico-social, et l'OMéDIT Bretagne qualifie la retranscription de mauvaise pratique, source d'erreur. Pour votre structure, demandez confirmation à votre ARS ou à votre OMéDIT.

Peut-on administrer un médicament sans prescription écrite ?

Selon le flash de la HAS, il n'est pas possible d'administrer un médicament sans prescription écrite d'un professionnel habilité, sauf en situation d'urgence. Dans ce cas, l'infirmier peut administrer sur la base d'une prescription médicale orale, explicite et circonstanciée, que le médecin doit formaliser par écrit dans les meilleurs délais.

Que faire quand un prescripteur doit reprendre la prescription d'un confrère ?

La HAS considère la copie sans analyse préalable comme une pratique à risque d'erreurs médicamenteuses, à éviter. Lorsqu'elle est nécessaire, elle doit systématiquement s'accompagner d'une vérification approfondie des dosages, des posologies, des durées de traitement, des voies d'administration et des interactions avec les autres traitements du patient.

Pourquoi la conciliation médicamenteuse est-elle citée ?

La HAS la range parmi les mesures pour gérer les risques liés aux retranscriptions : mettre en œuvre la conciliation des traitements médicamenteux à l'admission du patient, afin de partir d'une liste de traitements vérifiée plutôt que d'une copie.

OxcaSanté aide-t-il sur ce sujet ?

OxcaSanté permet de rédiger vos procédures qualité, de les faire approuver par des approbateurs désignés, de les publier et de gérer leurs versions, ainsi que de saisir, soumettre et clôturer des déclarations d'événements indésirables avec un historique des actions. L'outil n'est pas un logiciel de prescription, ne détecte aucune erreur médicamenteuse et ne garantit aucune conformité.

Slide 11 du carrousel : chez vous, qui ressaisit les ordonnances, rédiger, faire approuver et publier vos procédures, saisir, soumettre et clôturer vos événements indésirables, voir OxcaSanté en démo

Chez vous, qui ressaisit les ordonnances ?

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Articles connexes

Sources

Note méthodologique : la description du cas (dose, symptômes, causes, recommandations) provient du seul flash de la HAS [1][2], source primaire, relue en entier. La portée de l'article 13 pour les EHPAD n'est pas tranchée par ces sources et n'est donc pas affirmée. Le rapport de 5 entre 125 mg et 25 mg est un calcul de cet article. Les flashs de la HAS décrivent des événements déclarés et ne donnent aucune fréquence. Cet article ne constitue pas un conseil juridique ni médical. Les fonctionnalités d'OxcaSanté citées (circuit de rédaction, d'approbation et de publication des documents qualité avec leurs versions, saisie, soumission et clôture des déclarations d'événements indésirables avec historique) correspondent à ce que la plateforme propose aujourd'hui.