Décryptage · Sécurité du médicament

Never events médicamenteux : les 4 erreurs ajoutées à la liste officielle en 2024

Visuel du carrousel : 4 nouvelles erreurs de médicament qui ne devraient jamais arriver, sur fond bleu nuit avec le logo OxcaSanté

Certaines erreurs de médicament sont jugées à ce point évitables qu'une liste officielle les désigne comme des événements qui ne devraient jamais arriver. Cette liste a été actualisée en mai 2024 : lidocaïne, colchicine, méthadone et fluoropyrimidines y ont fait leur entrée. Cet article reprend, slide par slide, le carrousel publié sur LinkedIn par OXCA et le complète avec les sources officielles. Vous saurez à la fin ce que contient la liste, ce que la HAS en tire à partir de cas réels, et quels réflexes s'en déduisent.

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Une liste écrite pour les établissements de santé

Slide du carrousel : la liste vise les établissements de santé, ce qui se transpose ailleurs

La note d'information DGOS du 23 mai 2024 porte sur le management de la qualité de la prise en charge médicamenteuse dans les établissements de santé[3], et l'OMéDIT Centre-Val de Loire présente la liste dans ce même cadre[5].

Nous n'avons pas retrouvé, dans les sources consultées, de texte qui l'étende expressément aux EHPAD ou aux autres structures médico-sociales. Si vous en dirigez une, interrogez votre OMéDIT ou votre ARS. Ce qui se transpose sans difficulté : des protocoles à jour, des événements déclarés puis analysés.

Ce que couvre cet article

Slide du carrousel : au programme, la définition, les 4 ajouts de 2024, deux cas décrits par la HAS et les réflexes à adopter

Quatre étapes : ce qu'est un never event, les quatre situations ajoutées en 2024, deux cas concrets décrits par la HAS et les réflexes qu'elle recommande. La liste complète figure plus bas, avec les limites des sources.

Un never event, c'est quoi ?

Slide du carrousel : définition d'un never event et frise 2012, mai 2024

L'ANSM décrit les never events comme des événements graves, généralement liés à des erreurs humaines ou à des pratiques, qui ne devraient jamais survenir[1]. Ils concernent souvent des médicaments à marge thérapeutique étroite, où l'écart entre dose efficace et dose toxique est faible.

La première liste date de 2012 (12 événements selon l'OMéDIT Centre-Val de Loire[5]). Elle a été actualisée en mai 2024 : note d'information DGOS/RI2/2024/75 du 23 mai 2024, publiée au Bulletin officiel santé du 31 mai 2024[3][4].

Attention au décompte : l'ANSM présente 16 situations[1], le triptyque de l'OMéDIT en annonce 15[5] en regroupant les deux erreurs de voie d'administration sur une seule ligne. Nous retenons donc surtout ce qui ne varie pas, les quatre ajouts.

4 nouvelles situations en 2024

Slide du carrousel : lidocaïne, colchicine, méthadone et fluoropyrimidines

Selon l'ANSM et l'OMéDIT[2][5], quatre situations s'ajoutent à la liste :

  • Lidocaïne : surdosage par voie intraveineuse (confusion entre concentration et quantité totale[2]).
  • Colchicine : non-respect des schémas posologiques ou des contre-indications, interactions comprises, insuffisance rénale ou hépatique[5].
  • Méthadone : surdosage, notamment à l'initiation, à l'augmentation de dose ou à la reprise, ou contre-indications et interactions non prises en compte[5].
  • Fluoropyrimidines : administration sans recherche du déficit en dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD)[5].

D'autres lignes ont été modifiées ou précisées, comme le méthotrexate, les médicaments d'anesthésie et de réanimation ou la programmation des dispositifs d'administration[2].

Cas HAS : 500 mg de lidocaïne au lieu de 100 mg

Slide du carrousel : 500 mg de lidocaïne administrés au lieu de 100 mg prescrits

Le Flash sécurité patient de la HAS de juillet 2025 décrit un patient octogénaire pris en charge aux urgences pour une tachycardie ventriculaire, à qui l'on prescrit oralement 100 mg de lidocaïne par voie intraveineuse. Il en reçoit 500 mg et subit un nouvel arrêt cardio-respiratoire, rapidement récupéré[3].

Cause immédiate : l'infirmière a préparé 10 mL d'une spécialité dosée à 50 mg/mL au lieu de 10 mL d'une spécialité dosée à 10 mg/mL. Causes profondes citées : une spécialité hors dotation du service, des prescriptions orales amalgamées, et un stress important lors de l'urgence vitale[3].

Le même flash décrit un second cas de lidocaïne (250 mg au lieu de 50 mg, crise convulsive sans séquelle) : prescription incomplète, absence de protocole adapté, charge de travail élevée[3].

Cas HAS : une chaîne de défaillances

Slide du carrousel : colchicine et clarithromycine, alertes peu bloquantes, absence d'analyse pharmaceutique, transfert en réanimation

Autre cas du flash : un patient reçoit de la colchicine avec de la clarithromycine, une association contre-indiquée, et se retrouve transféré en réanimation, avec une amélioration deux jours plus tard[3].

Barrières défaillantes citées : des alertes du logiciel d'aide à la prescription peu discriminantes ou non bloquantes, pas d'analyse pharmaceutique faute de pharmaciens, une non-identification de l'association à la dispensation en officine, et un fort nombre d'entrées dans le service[3].

La HAS rappelle que ces événements sont toujours liés à une succession de dysfonctionnements[3] : c'est pourquoi l'analyse des causes compte plus que la recherche d'un fautif.

La communication en 3 temps

Slide du carrousel : consigne, répétition, validation

Pour les échanges oraux, comme une prescription urgente, la HAS recommande une communication en 3 temps : la consigne, sa répétition, puis sa validation. Elle recommande aussi de préciser la concentration, la dose et le volume à administrer[3].

Ce geste coûte quelques secondes. Dans le premier cas, les prescriptions orales du cardiologue (la spécialité) et de l'urgentiste (le volume) avaient été amalgamées par l'infirmière : c'est le type d'écart qu'une consigne répétée puis validée vise à faire remonter.

3 réflexes recommandés par la HAS

Slide du carrousel : médicament à risque identifié, un seul dosage par unité, alertes visibles et bloquantes

Pour la lidocaïne et la colchicine, la HAS recommande[3] :

  • identifier ces deux médicaments comme médicaments à risque, au stockage comme dans le paramétrage des logiciels, et faire connaître la liste des médicaments à risque aux professionnels ;
  • avoir un seul dosage de lidocaïne par unité, avec un rangement formalisé et un étiquetage en DCI ;
  • préciser concentration, dose et volume à la prescription, rédiger des protocoles thérapeutiques médicamenteux infirmiers et superviser le personnel inexpérimenté ;
  • rendre les alertes plus visibles et bloquantes pour les contre-indications absolues, et prioriser l'analyse pharmaceutique des ordonnances de colchicine.

Rien de tout cela ne dépend d'un outil numérique en particulier. Un protocole écrit, daté et validé, que les équipes ont réellement lu, en est en revanche la base.

Vos protocoles médicamenteux sont-ils à jour, validés et lus par les équipes ? Voyez comment la bibliothèque qualité d'OxcaSanté en garde la trace.

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Précision importante : OxcaSanté ne couvre pas le circuit du médicament (ni prescription, ni dispensation, ni alertes) et ne garantit aucune conformité. Il aide à conserver des protocoles validés et datés, à prouver leur lecture, et à suivre les événements indésirables déclarés jusqu'à leur clôture.

La liste complète

Reconstituée à partir de la page de référence de l'ANSM[1] et du triptyque de l'OMéDIT[5] (les deux erreurs de voie d'administration y sont comptées à part, d'où 16 lignes). Les libellés sont abrégés : seuls les textes officiels font foi.

  1. Erreur lors de la prise en charge des patients traités par anticoagulants
  2. Erreur d'administration du chlorure de potassium injectable
  3. Erreur de préparation de spécialités injectables aux modes de préparation à risque (calculs de doses ou de concentration)
  4. Erreur d'administration par injection intrathécale au lieu de la voie intraveineuse
  5. Erreur d'administration par injection parentérale au lieu de la voie orale ou entérale
  6. Erreur de rythme d'administration du méthotrexate par voie orale ou sous-cutanée (hors cancérologie)
  7. Surdosage en anticancéreux, notamment en pédiatrie
  8. Erreur d'administration d'insuline
  9. Erreur d'administration de spécialités d'anesthésie ou de réanimation (éphédrine/épinéphrine, kétamine/eskétamine, curares)
  10. Erreur d'administration de gaz à usage médical
  11. Erreur de programmation des dispositifs d'administration (pompes à perfusion, seringues électriques)
  12. Surdosage en lidocaïne par voie intraveineuse (nouveau en 2024)
  13. Erreur d'utilisation de la colchicine (nouveau en 2024)
  14. Erreur d'utilisation de la méthadone (nouveau en 2024)
  15. Administration de fluoropyrimidines sans recherche du déficit en DPD (nouveau en 2024)
  16. Erreur d'administration ou d'utilisation de médicaments en unidoses plastique (sérum physiologique, solution antiseptique)

À retenir

Slide du carrousel : à retenir
  • 1. La liste officielle des never events médicamenteux a été actualisée en mai 2024, avec 4 ajouts.
  • 2. Une erreur est une chaîne de barrières défaillantes, pas une faute isolée.
  • 3. Protocoles à jour et événements déclarés sont vos premières barrières.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un never event médicamenteux ?

Selon l'ANSM, ce sont des événements graves, généralement liés à des erreurs humaines ou à des pratiques, qui ne devraient jamais survenir. Ils concernent souvent des médicaments à marge thérapeutique étroite, où la dose efficace et la dose toxique sont proches. La liste a été établie par le ministère de la Santé et l'ANSM en 2012, puis actualisée en mai 2024.

Combien y a-t-il de never events médicamenteux ?

Les sources ne comptent pas tout à fait pareil. La page de référence de l'ANSM présente 16 situations, quand le triptyque de l'OMéDIT Centre-Val de Loire en annonce 15 en regroupant les deux erreurs de voie d'administration sur une seule ligne. Ce qui est constant : 4 situations ont été ajoutées en 2024 (lidocaïne par voie intraveineuse, colchicine, méthadone, fluoropyrimidines sans recherche du déficit en DPD).

Mon EHPAD est-il concerné par cette liste ?

La note d'information DGOS de mai 2024 porte sur le management de la qualité de la prise en charge médicamenteuse dans les établissements de santé, et le triptyque de l'OMéDIT parle de prise en charge en établissement de santé. Nous n'avons pas retrouvé, dans les sources consultées, de texte qui l'étende expressément aux EHPAD : interrogez votre OMéDIT ou votre ARS. Les mécanismes décrits par la HAS (ordres oraux, surcharge, alertes peu discriminantes) peuvent en revanche servir de grille de lecture à toute équipe.

Qu'est-ce que la communication en 3 temps ?

C'est une pratique recommandée par la HAS lors des échanges oraux, par exemple pour une prescription urgente : la consigne est donnée, répétée par celui qui la reçoit, puis validée. L'objectif est de s'assurer que l'information est cohérente entre tous les protagonistes.

OxcaSanté couvre-t-il le circuit du médicament ?

Non. OxcaSanté ne gère ni la prescription, ni la dispensation, ni les alertes médicamenteuses, et ne garantit aucune conformité. C'est un outil de traçabilité : bibliothèque qualité avec circuit de validation, date de validité et preuve de consultation, et déclaration des événements indésirables suivie jusqu'à la clôture.

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Articles connexes

Sources

Note méthodologique : les sources 1, 2, 3 et 4 sont officielles, la source 5 est institutionnelle (OMéDIT). Les cas cliniques sont ceux que la HAS publie dans son flash, sans modification. Les décomptes divergent entre sources (15 ou 16), nous le signalons plutôt que de trancher. Les fonctionnalités d'OxcaSanté citées (circuit de validation, date de validité, preuve de consultation, suivi des événements indésirables jusqu'à la clôture) correspondent à ce que la plateforme propose aujourd'hui.