Méthode
REMED : le guide pas à pas pour analyser une erreur médicamenteuse
Une erreur médicamenteuse est déclarée, interceptée à temps ou non, et puis ? Dans beaucoup de petites structures, l'affaire s'arrête à un échange informel entre l'infirmier et le pharmacien, sans méthode, sans compte rendu, sans plan d'actions suivi dans le temps. La Haute Autorité de santé recommande pourtant une méthode précise pour ce type d'évènement : la REMED. À la fin de cet article, vous saurez organiser et mener une REMED de bout en bout : qui convoquer, comment caractériser l'erreur, quelles actions décider et comment archiver correctement le résultat, sans jamais le glisser dans le dossier du patient.
Vos déclarations d'évènements indésirables sont-elles déjà classées par type dès la saisie, ou faut-il les retrier après coup pour retrouver les erreurs médicamenteuses ?
Réserver une démo1. Le cadre méthodologique de la REMED
Une REMED (Revue des Erreurs liées aux Médicaments Et dispositifs médicaux associés) est une revue de mortalité et de morbidité spécifiquement centrée sur les erreurs médicamenteuses : une démarche structurée d'analyse a posteriori de cas rendus anonymes, basée sur une analyse collective, pluriprofessionnelle et systémique, développée par la Société française de pharmacie clinique (SFPC)[2]. Le guide HAS sur l'analyse des évènements indésirables associés aux soins (EIAS), mis à jour en mars 2026, la retient explicitement comme méthode de référence pour un évènement indésirable médicamenteux, au même titre que le CREX pour l'analyse générale et la méthode des Tempos pour la médecine de ville[1].
Le même guide distingue clairement les notions souvent confondues : le REX (ou RETEX) désigne la démarche générale de retour d'expérience ; le CREX est le comité pluridisciplinaire qui pilote l'analyse approfondie des EIAS ; la REMED, elle, est une méthode spécifique aux erreurs liées aux médicaments et dispositifs médicaux associés et à leurs conséquences éventuelles[1]. Une REMED cible en priorité les erreurs porteuses de risque, c'est-à-dire celles qui ont eu ou auraient pu avoir des conséquences cliniques graves (majeures, critiques ou catastrophiques), ou celles dont la fréquence est très élevée[2].
À retenir
- La REMED est la méthode de référence recommandée par la HAS pour analyser un évènement indésirable médicamenteux.
- Elle est systémique et non culpabilisante : elle cherche les défaillances de l'organisation, pas la faute d'un individu.
- Le compte rendu est pseudonymisé et conservé avec les documents qualité du secteur, jamais dans le dossier du patient.
- Ce n'est pas une obligation légale chiffrée : c'est un outil méthodologique, qui participe toutefois à la certification et au développement professionnel continu[2].
Une REMED ne remplace pas la sécurisation en amont du circuit du médicament ni la conciliation médicamenteuse à l'entrée du patient : voir nos articles Sécuriser le circuit du médicament et Conciliation médicamenteuse en EHPAD. La REMED intervient en aval, une fois l'erreur survenue.
2. La procédure en six étapes
Le manuel de la SFPC organise le déroulement d'une REMED en six étapes de réunion, précédées d'une phase de sélection du cas[2]. Cette structure fonctionne aussi bien pour un établissement doté d'une pharmacie à usage intérieur que pour une petite structure qui s'appuie sur un pharmacien référent externe.
Étape 1 : Qualifier l'évènement et sélectionner le cas
Action à réaliser : dès la déclaration de l'évènement indésirable, le qualifier comme médicamenteux, puis retenir en priorité les erreurs porteuses de risque (gravité constatée ou potentielle majeure, critique ou catastrophique) ou de fréquence élevée[2].
Qui la réalise : le déclarant, puis le gestionnaire des risques ou le pharmacien référent qui arbitre la sélection des cas à traiter en réunion.
Livrable attendu : une fiche de déclaration qualifiée « médicamenteux », avec le cas retenu pour une REMED et sa date cible de réunion.
Piège fréquent à éviter : laisser l'évènement mal typé ou classé dans une catégorie générique. Une erreur médicamenteuse non identifiée comme telle dès la déclaration n'est tout simplement jamais orientée vers la bonne méthode d'analyse.
Dans OxcaSanté, chaque déclaration porte un type d'évènement, un lieu, un service et les personnes ou matériels impliqués, renseignés dès la saisie. Un évènement qualifié « médicamenteux » est immédiatement identifiable dans vos listes et vos filtres rapides, sans retri manuel avant la réunion. Voir le module Événements indésirables.
Étape 2 : Réunir le trinôme pilote et le groupe pluridisciplinaire
Action à réaliser : convoquer une réunion animée par un trinôme désigné à l'avance (un responsable REMED, un second médecin ou pharmacien, un cadre de santé), en réunissant au minimum un représentant médical, un représentant pharmaceutique, un représentant infirmier et un représentant des préparateurs en pharmacie : la REMED ne peut se tenir sans cette pluridisciplinarité[2].
Qui la réalise : le trinôme pilote, qui tient à jour la liste des participants et fait signer une feuille d'émargement à chaque réunion.
Livrable attendu : une invitation avec ordre du jour et une feuille d'émargement, la réunion ne dépassant pas deux heures[2].
Piège fréquent à éviter : tenir la réunion sans les quatre corps de métier requis. Une REMED menée uniquement entre soignants, sans avis pharmaceutique, passe à côté d'une partie des causes profondes liées au circuit du médicament.
Étape 3 : Reconstituer les faits en toute confidentialité
Action à réaliser : désigner un secrétaire de séance, puis présenter le cas de façon anonymisée à partir d'une chronologie factuelle, sans révéler l'identité du patient ni celle des professionnels impliqués[2].
Qui la réalise : le professionnel chargé de l'analyse préalable du cas, en général le pharmacien ou le cadre référent de l'unité concernée.
Livrable attendu : le classeur de la REMED renseigné pour le cas, avec sa chronologie factuelle et la liste des documents utiles consultés.
Piège fréquent à éviter : laisser filtrer, même involontairement, un élément permettant d'identifier directement ou indirectement le patient ou un professionnel. C'est une condition de fond de la méthode, pas un détail de forme.
Étape 4 : Caractériser l'erreur médicamenteuse
Action à réaliser : déterminer collectivement la nature de l'erreur (parmi 7 natures : patient, omission, médicament, dose, modalités d'administration, moment, durée), son niveau de réalisation (potentielle, interceptée, ou ayant atteint le patient), sa gravité constatée ou potentielle sur l'échelle à cinq niveaux adaptée de l'échelle HAS, et l'étape initiale de survenue parmi les sept étapes du circuit du médicament (identification du patient, prescription, dispensation, administration, suivi, information, logistique)[2].
Qui la réalise : le groupe pluridisciplinaire réuni, animé par le trinôme pilote qui fait respecter les temps de présentation et de discussion.
Livrable attendu : la fiche de caractérisation du cas (voir la grille en section 4), remplie dans le classeur de la REMED.
Piège fréquent à éviter : s'arrêter à la caractérisation individuelle (« qui s'est trompé ») sans aller jusqu'à l'analyse systémique des causes organisationnelles, techniques et humaines. La caractérisation est un point de passage, pas le résultat final de la réunion.
Étape 5 : Rechercher les causes et décider des actions
Action à réaliser : analyser collectivement les causes profondes et facteurs contributifs, puis débattre des propositions d'actions d'amélioration pour une décision immédiate et collective, en désignant un pilote et une échéance pour chaque action retenue[2].
Qui la réalise : l'ensemble du groupe, avec, si besoin, un ou plusieurs professionnels désignés pour approfondir un point avant la réunion suivante.
Livrable attendu : un plan d'actions daté, avec pour chaque action son pilote, son échéance et ses modalités de suivi.
Piège fréquent à éviter : décider une action sans pilote ni échéance assignée. Une action « à faire » sans responsable identifié n'est, en pratique, jamais suivie ni vérifiée.
Le plan d'actions décidé en réunion ne doit pas rester sur un tableur oublié. Centralisez le compte rendu et le plan d'actions REMED dans la bibliothèque qualité d'OxcaSanté : circuit de validation, partage sécurisé par lien ou par e-mail avec historique, export PDF pour votre bilan annuel. Réserver une démo.
Étape 6 : Formaliser, archiver et communiquer
Action à réaliser : rédiger un compte rendu synthétique et un plan d'actions actualisé (reprenant les actions décidées ce jour et celles, antérieures, non clôturées), les diffuser aux participants, puis traiter la communication interne des enseignements et, si nécessaire, l'information du patient et le signalement à l'ANSM ou à un autre organisme de vigilance[2].
Qui la réalise : le secrétaire de séance pour la rédaction, le trinôme pilote pour la diffusion et le suivi.
Livrable attendu : le compte rendu synthétique et le plan d'actions, classés avec les autres documents qualité du secteur (procédures, audits, démarches d'évaluation), et le cas enregistré dans le tableau de suivi des erreurs médicamenteuses[1],[2].
Piège fréquent à éviter : classer le compte rendu dans le dossier du patient. Ces documents n'ont pas vocation à y figurer : ils sont pseudonymisés et conservés séparément, avec les autres documents de qualité et de sécurité des soins du secteur d'activité[1].
3. Le schéma du déroulement d'une REMED
Ce schéma résume l'enchaînement entre la sélection du cas, la réunion pluridisciplinaire et le devenir du plan d'actions jusqu'à la REMED suivante.
4. La grille de caractérisation de l'erreur
Cette grille croise le niveau de réalisation de l'erreur (a-t-elle atteint le patient ?) et sa gravité constatée ou potentielle. Elle aide à décider, en quelques minutes, si un cas relève d'une REMED approfondie : en priorité, les erreurs porteuses de risque, c'est-à-dire de gravité majeure, critique ou catastrophique[2].
Grille de lecture indicative construite à partir de l'échelle de gravité à cinq niveaux et des trois niveaux de réalisation décrits dans le manuel SFPC de la REMED (2013)[2], elle-même adaptée de l'échelle de gravité HAS « Sécurité des patients » (2012). Elle sert de repère de priorisation, pas de barème réglementaire opposable.
5. Checklist récapitulative
- Qualifier l'évènement « médicamenteux » dès sa déclaration.
- Prioriser les erreurs porteuses de risque (gravité majeure, critique, catastrophique) ou de fréquence élevée.
- Réunir un trinôme pilote et au moins un représentant médical, pharmaceutique, infirmier et préparateur.
- Désigner un secrétaire de séance et anonymiser totalement la présentation du cas.
- Caractériser l'erreur : nature, niveau de réalisation, gravité, étape de survenue.
- Décider des actions avec un pilote et une échéance pour chacune.
- Rédiger un compte rendu synthétique pseudonymisé et le classer hors du dossier patient.
- Vérifier si une information du patient (article L. 1142-4 du CSP) ou un signalement à l'ANSM s'impose.
- Reprendre l'état d'avancement des actions antérieures à chaque nouvelle REMED.
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Réserver une démoQuestions fréquentes
Qu'est-ce qu'une REMED ?
Une REMED (Revue des Erreurs liées aux Médicaments Et dispositifs médicaux associés) est une revue de mortalité et de morbidité spécifiquement centrée sur les erreurs médicamenteuses. C'est une démarche structurée d'analyse a posteriori, collective, pluriprofessionnelle et systémique, développée par la Société française de pharmacie clinique (SFPC) et retenue par la Haute Autorité de santé comme méthode de référence pour ce type d'évènement.
Quelle différence entre REX, CREX, RMM et REMED ?
Le REX (ou RETEX) désigne la démarche générale de retour d'expérience. Le CREX est le comité pluridisciplinaire qui pilote l'analyse des évènements indésirables associés aux soins. La RMM est une revue de mortalité et de morbidité généraliste. La REMED est la déclinaison de la RMM spécifique aux erreurs liées aux médicaments et dispositifs médicaux associés.
Qui doit participer à une REMED ?
La REMED ne peut se tenir sans pluridisciplinarité : au moins un représentant du corps médical, un représentant du corps pharmaceutique, un représentant du corps infirmier et un représentant des préparateurs en pharmacie. La réunion est animée par un trinôme responsable désigné à l'avance, en général un médecin ou pharmacien responsable, un second médecin ou pharmacien, et un cadre de santé.
Le compte rendu d'une REMED est-il un document communicable ?
Le guide HAS sur l'analyse des évènements indésirables associés aux soins rappelle que les documents produits dans le cadre de l'analyse des EIAS sont des documents administratifs. La question de leur communicabilité n'a pas fait l'objet d'une position générale des juridictions, à l'exception d'une décision de la CADA reconnaissant le caractère communicable d'une RMM, sous réserve de l'occultation des éléments identifiant des tiers. Ce compte rendu est en tout état de cause pseudonymisé et ne doit jamais figurer dans le dossier du patient.
À quelle fréquence faut-il organiser une REMED ?
Le manuel SFPC ne fixe pas de fréquence nationale imposée : chaque établissement définit son propre rythme dans son règlement intérieur, généralement de l'ordre d'une réunion tous les un à trois mois, complétée par une réunion rapprochée après toute erreur ayant eu ou pouvant avoir des conséquences cliniques majeures.
Faut-il informer le patient après une erreur médicamenteuse analysée en REMED ?
Oui, indépendamment de la tenue d'une REMED : l'article L. 1142-4 du Code de la santé publique impose d'informer tout patient victime ou s'estimant victime d'un dommage lié à un acte de soins, notamment sur les circonstances et les causes de ce dommage. Cette information relève du professionnel impliqué dans la prise en charge, pas de la seule réunion REMED.
Articles connexes
- Sécuriser le circuit du médicament
- Conciliation médicamenteuse en EHPAD : le guide en 4 étapes
- Traiter et clôturer un évènement indésirable : la procédure
Sources
- [1] Haute Autorité de santé · L'analyse des évènements indésirables associés aux soins (EIAS), septembre 2021, mis à jour en mars 2026 (officiel)
- [2] Société française de pharmacie clinique (SFPC) · Manuel de la REMED, version définitive janvier 2013 (source professionnelle, non gouvernementale, mais méthode explicitement recommandée par la HAS)
- Code de la santé publique, article L. 1142-4 (obligation d'information du patient victime d'un dommage lié aux soins) (officiel)
La définition de la REMED, sa distinction avec le REX, le CREX et la RMM, ainsi que les aspects juridiques relatifs au caractère administratif et à la communicabilité des comptes rendus reposent sur la lecture directe du guide HAS EIAS : degré de confiance élevé. Le détail des six étapes de réunion, la composition du trinôme pilote, la grille de caractérisation (nature, niveau de réalisation, gravité, étape de survenue) et les règles d'archivage proviennent du manuel de référence publié par la SFPC, société savante à l'origine de la méthode et citée comme telle par la HAS : degré de confiance élevé pour une source professionnelle non gouvernementale. La grille croisée de priorisation (section 4) est une mise en forme pédagogique de ces deux échelles, à adapter au règlement intérieur de chaque établissement.