Guide
Évaluation de la douleur en EHPAD : le protocole en 7 étapes
Un résident qui ne se plaint jamais n'est pas forcément un résident qui ne souffre pas. C'est même souvent l'inverse : troubles cognitifs, difficultés de communication, pudeur ou peur de déranger, la douleur des personnes âgées en EHPAD reste largement sous-évaluée quand elle repose sur la seule plainte spontanée. La HAS en a fait un objectif à part entière du référentiel d'évaluation de la qualité des ESSMS. À la fin de cet article, vous saurez conduire cette évaluation en 7 étapes, de l'auto-évaluation à l'hétéro-évaluation comportementale avec les échelles Doloplus-2 et ECPA, jusqu'à la traçabilité qui permet de prouver que la douleur a été repérée, prise en compte et suivie.
Envie de voir comment OxcaSanté vous aide à gagner du temps sur le suivi de vos protocoles de soins et sur leur diffusion à l'équipe ? Une démo de 20 minutes suffit.
Réserver une démoCe que dit le référentiel HAS ESSMS sur la prise en charge de la douleur
Le référentiel d'évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux de la HAS (mars 2022) consacre un objectif entier à la douleur : l'objectif 1.16, "la personne accompagnée bénéficie d'une prise en charge de ses douleurs"[1]. Il se décline en 5 critères qui couvrent l'ensemble du parcours : la personne s'exprime sur la manière dont ses douleurs sont prises en charge, les professionnels les repèrent et/ou les évaluent régulièrement et les tracent, ils recueillent auprès de l'entourage des informations sur les manifestations habituelles de la douleur, ils coconstruisent la stratégie de prise en charge avec la personne, et ils alertent et mobilisent tous les moyens nécessaires pour la soulager[1]. L'intégralité du référentiel et de son manuel d'évaluation est consultable sur le site de la HAS[4].
Ce cadre s'appuie sur une recommandation plus ancienne, toujours en vigueur : "Évaluation et prise en charge thérapeutique de la douleur chez les personnes âgées ayant des troubles de la communication verbale", publiée par l'ANAES en octobre 2000[2]. Elle pose le principe qui structure toute la démarche : une évaluation correcte associe une échelle et une analyse clinique de la douleur, l'hétéro-évaluation concerne tous les acteurs du soin, et elle doit être répétée dans le temps[2]. Seules deux échelles françaises d'hétéro-évaluation sont aujourd'hui validées : Doloplus-2 et l'échelle comportementale d'évaluation de la douleur pour la personne âgée (ECPA)[2].
À retenir : l'absence de plainte n'est pas une absence de douleur. Chez une personne qui ne peut pas s'exprimer, c'est l'observation du comportement, outillée par une échelle validée, qui remplace la parole.
Étape 1 : repérer les situations où la douleur risque de ne pas être exprimée
L'équipe identifie en amont les résidents pour lesquels une douleur a le plus de chances de passer inaperçue : troubles cognitifs, troubles de la communication verbale, mais aussi un changement brutal de comportement (agitation, repli, refus de s'alimenter) qui peut en être la seule manifestation.
Qui
L'équipe pluridisciplinaire, dès l'admission puis à chaque évolution de l'état de la personne.
Livrable
Une identification des résidents à vigilance renforcée, partagée en transmissions.
Piège à éviter
Attendre une plainte spontanée pour évoquer une douleur, en particulier chez une personne qui ne s'est jamais plainte auparavant.
Étape 2 : tenter l'auto-évaluation avec une échelle validée
Avant de conclure à l'impossibilité de l'auto-évaluation, le professionnel la propose systématiquement à l'aide d'un outil validé : échelle visuelle analogique, échelle numérique, échelle verbale simple, ou une échelle de Likert selon le format le mieux adapté à la personne[3].
Qui
Le professionnel présent au moment du soin ou de la sollicitation de la personne.
Livrable
Un score daté, tracé dans le dossier de soins avec l'échelle utilisée.
Piège à éviter
Abandonner l'auto-évaluation au premier essai infructueux, sans changer de format d'échelle avant de la déclarer impossible.
Étape 3 : si l'auto-évaluation est impossible, procéder à l'hétéro-évaluation comportementale
Lorsque l'auto-évaluation est impossible, la personne relève d'une hétéro-évaluation comportementale avec une échelle validée en français[2]. L'échelle Doloplus-2 comporte 10 items et nécessite un apprentissage, avec une cotation réalisée si possible en équipe pluridisciplinaire. L'échelle ECPA mobilise un vocabulaire directement issu de la pratique soignante, peut être cotée par une seule personne et demande entre 1 et 5 minutes, ce qui la rend adaptée à une observation rapide, par exemple avant et après un soin[3].
Qui
Un professionnel formé à l'échelle utilisée, idéalement en équipe pour Doloplus-2.
Livrable
La grille complétée, datée et signée, versée au dossier de soins.
Piège à éviter
Choisir l'échelle au hasard plutôt qu'en fonction du contexte : douleur chronique de fond ou douleur déclenchée par un soin.
Dans OxcaSanté, vos grilles Doloplus-2 et ECPA ainsi que votre protocole d'évaluation de la douleur peuvent être classés dans la bibliothèque qualité par processus, avec leur circuit de validation. La recherche globale explore aussi le contenu des pièces jointes : un protocole se retrouve en quelques secondes, sans se souvenir de son intitulé exact. Voir la bibliothèque qualité.
Étape 4 : recueillir auprès de l'entourage les manifestations habituelles de la douleur
Pour les personnes ayant des troubles cognitifs, les recommandations invitent à s'appuyer sur la connaissance qu'ont la famille et l'entourage des antécédents douloureux et de leurs manifestations habituelles[2]. C'est aussi une exigence explicite du référentiel HAS ESSMS, qui prévoit un critère dédié à ce recueil[1].
Qui
L'IDE coordinatrice ou le référent de la personne, en lien avec la famille.
Livrable
Une note au dossier précisant les manifestations habituelles rapportées et leur source.
Piège à éviter
Ne solliciter la famille qu'une seule fois, à l'admission, sans jamais y revenir alors que l'état de la personne évolue.
Étape 5 : coconstruire la stratégie de prise en charge avec la personne
La stratégie de prise en charge de la douleur se construit avec la personne accompagnée chaque fois que sa situation le permet, et non pour elle : ses préférences pour les approches médicamenteuses et non médicamenteuses sont recherchées et prises en compte[1].
Qui
L'équipe pluridisciplinaire, avec le médecin traitant ou le médecin coordonnateur.
Livrable
Un volet douleur dans le projet personnalisé, incluant l'expression de la personne.
Piège à éviter
Décider seul en équipe soignante d'un protocole antalgique sans jamais recueillir l'avis de la personne concernée.
Étape 6 : alerter et mobiliser les moyens nécessaires pour soulager la douleur
Le repérage d'une douleur, quelle que soit l'échelle utilisée, ne vaut que s'il déclenche une réponse : le professionnel alerte et mobilise sans délai les moyens nécessaires à son soulagement[1].
Qui
Le professionnel qui repère la douleur, le médecin prescripteur pour l'adaptation du traitement.
Livrable
Une trace de l'alerte, du délai de prise en charge et de la réponse apportée.
Piège à éviter
Laisser une douleur repérée sans suite tracée jusqu'au prochain passage médical programmé.
Si une douleur mal repérée ou mal soulagée entraîne une conséquence pour la personne (chute, hospitalisation évitable), l'événement peut être qualifié comme événement indésirable dans OxcaSanté, avec un type d'événement, un lieu et un secteur dédiés pour objectiver ces situations dans vos statistiques. Voir le module Déclarations.
Étape 7 : tracer chaque évaluation et formaliser un protocole diffusé à l'équipe
Chaque évaluation, auto ou hétéro, est datée et tracée dans le dossier de soins. La réévaluation est programmée selon l'évolution de l'état de la personne, en particulier après un changement de traitement. Un protocole écrit cadre la pratique de l'établissement : quelles échelles utiliser et dans quel contexte, qui trace, à quel moment solliciter le médecin. Il est daté, diffusé et connu de toute l'équipe, y compris les professionnels de nuit.
Qui
Responsable qualité ou cadre de santé, en lien avec le médecin coordonnateur.
Livrable
Un protocole daté, avec circuit de validation et preuve de diffusion à l'équipe.
Piège à éviter
Évaluer une fois à l'entrée et ne plus jamais réévaluer, alors que la douleur d'une personne âgée évolue dans le temps.
Schéma : du repérage à la traçabilité
Ce schéma résume le trajet de l'évaluation de la douleur, avec la bifurcation entre auto-évaluation et hétéro-évaluation selon la capacité de la personne à s'exprimer.
Schéma pédagogique proposé par OxcaSanté pour synthétiser le protocole : il reprend les étapes issues du référentiel HAS ESSMS et des recommandations ANAES citées en sources, à adapter au cas clinique de chaque personne.
Checklist récapitulative
Checklist
- ✓ Résidents à vigilance renforcée identifiés (troubles cognitifs, communication)
- ✓ Auto-évaluation systématiquement tentée avant de la déclarer impossible
- ✓ Hétéro-évaluation réalisée avec Doloplus-2 ou ECPA selon le contexte
- ✓ Manifestations habituelles de la douleur recueillies auprès de l'entourage
- ✓ Stratégie de prise en charge coconstruite avec la personne
- ✓ Moyens de soulagement alertés et mobilisés sans délai
- ✓ Chaque évaluation datée, tracée et réévaluation programmée
- ✓ Protocole interne formalisé, daté et diffusé à toute l'équipe
- ✓ Événements indésirables liés à une douleur non soulagée qualifiés et analysés
Questions fréquentes
Quelle échelle utiliser si le résident ne peut pas exprimer sa douleur ?
Lorsque l'auto-évaluation est impossible, les recommandations HAS/ANAES retiennent deux échelles d'hétéro-évaluation validées en langue française : Doloplus-2 et ECPA. Le choix dépend du contexte clinique et du temps disponible pour la cotation.
Doloplus-2 et ECPA, quelle différence et laquelle choisir ?
Doloplus-2 comporte 10 items et son usage nécessite un apprentissage, avec une cotation si possible en équipe pluridisciplinaire. ECPA se cote en 1 à 5 minutes et peut être renseignée par une seule personne, ce qui la rend adaptée à une observation rapide, par exemple pendant un soin.
À quelle fréquence faut-il réévaluer la douleur en EHPAD ?
Les recommandations HAS/ANAES indiquent que l'hétéro-évaluation doit être répétée, sans fixer un rythme unique opposable à tous les établissements. Dans la pratique, elle est réalisée à chaque changement d'état ou de traitement, et selon la fréquence que le protocole interne de l'établissement définit pour son suivi de routine.
La HAS vérifie-t-elle la prise en charge de la douleur lors de l'évaluation des ESSMS ?
Oui. Le référentiel d'évaluation de la qualité des ESSMS de mars 2022 comprend un objectif dédié, l'objectif 1.16, qui porte sur la prise en charge de la douleur et se décline en 5 critères : expression de la personne, repérage et traçabilité, recueil auprès de l'entourage, coconstruction de la stratégie et mobilisation des moyens de soulagement.
Un défaut de traçabilité de la douleur peut-il être qualifié en événement indésirable ?
Une douleur mal repérée ou mal soulagée qui entraîne une conséquence pour la personne, par exemple une chute ou une hospitalisation évitable, peut être documentée comme événement indésirable et faire l'objet d'une analyse des causes, indépendamment de l'évaluation régulière de la douleur elle-même.
Un protocole douleur prêt pour votre prochaine évaluation ?
Une démo de 20 minutes suffit pour voir comment OxcaSanté vous aide à centraliser vos protocoles, à prouver leur diffusion et à tracer les événements indésirables qui y sont liés.
Réserver une démoArticles connexes
- Prévention des escarres en EHPAD : le protocole étape par étape avec l'échelle de Braden
- Fausses routes en EHPAD : ce que la HAS demande vraiment
- Référentiel ESSMS : les 18 critères impératifs sur 157
Sources
- [1] HAS · Référentiel d'évaluation de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux, mars 2022, objectif 1.16, page 15 (officiel, PDF)
- [2] ANAES (aujourd'hui HAS) · Évaluation et prise en charge thérapeutique de la douleur chez les personnes âgées ayant des troubles de la communication verbale, recommandations professionnelles, octobre 2000 (officiel, PDF)
- [3] HAS · Fiche outil n°6 "Évaluation de la douleur", extraite de la recommandation de bonne pratique "Le pied de la personne âgée", validée par le Collège de la HAS le 26 novembre 2020 : la fiche précise que ces recommandations d'évaluation de la douleur s'appliquent à tout patient, quel que soit son âge (officiel, PDF)
- [4] HAS · Évaluation des ESSMS : référentiel et manuel, pour consulter l'intégralité du référentiel et du manuel d'évaluation (officiel, page institutionnelle)
Le schéma présenté dans cet article est une synthèse pédagogique proposée par OxcaSanté : il reprend les étapes issues des textes cités en sources, mais ne remplace pas une évaluation clinique propre à chaque situation.