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Prévention des escarres en EHPAD : le protocole étape par étape avec l'échelle de Braden

8,1 % des patients hospitalisés portaient au moins une escarre lors de la dernière enquête nationale de prévalence, avec un taux qui grimpe dès qu'on regarde les services accueillant des personnes âgées et peu mobiles. Derrière ce chiffre : des semaines de soins de plaie, une douleur évitable pour le résident, et une non-conformité documentée lors d'une évaluation externe. Cet article détaille un protocole en 7 étapes pour évaluer le risque avec l'échelle de Braden, adapter la prévention et tracer chaque escarre acquise, avec un modèle de grille à adapter. À la fin, vous saurez structurer cette prévention même sans infirmière présente 24h/24.

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Ce que dit le cadre HAS sur la prévention des escarres

La référence française sur le sujet reste la conférence de consensus HAS/ANAES Prévention et traitement des escarres de l'adulte et du sujet âgé, publiée en novembre 2001, toujours diffusée par la HAS et citée par les référentiels de soins de plaies plus récents [1]. C'est ce texte qui a fait de l'évaluation systématique du risque et de l'usage d'une échelle validée, dont l'échelle de Braden, la base de toute démarche de prévention en France.

Une enquête nationale de prévalence menée sur plus de 21 500 patients hospitalisés a mesuré un taux de 8,1 % de patients porteurs d'au moins une escarre, avec des écarts marqués selon le type de service ; les patients concernés étaient en moyenne 8,5 ans plus âgés que l'ensemble des patients suivis, et près de 4 escarres sur 10 étaient classées graves [2]. Une enquête régionale menée par l'ARS Île-de-France fin 2020 a par ailleurs constaté, par rapport à sa précédente édition de 2017, une hausse du risque d'escarre et de la gravité des escarres observées, tous secteurs confondus [3] : une tendance régionale, à lire avec prudence hors Île-de-France, mais qui va dans le même sens que le constat national.

Côté évaluation, le référentiel d'évaluation de la qualité des ESSMS publié par la HAS intègre un objectif dédié à la prévention et à l'éducation à la santé de la personne accompagnée, qui couvre notamment la prévention des risques liés aux soins [4]. Comme pour le risque de chute, aucun seuil de taille d'établissement n'est prévu : une petite structure de moins de 50 salariés est tenue aux mêmes exigences de repérage et de traçabilité qu'un grand établissement.

L'échelle de Braden en pratique

L'échelle de Braden note six critères : perception sensorielle, humidité de la peau, activité, mobilité, état nutritionnel, et frictions/cisaillement. Chaque critère reçoit une note de 1 à 3 ou 4 points selon les grilles diffusées en France, pour un score total compris entre 6 et 23 points : plus le score est bas, plus le risque est élevé [5].

À retenir

Les seuils exacts varient légèrement selon les fiches outils diffusées (13 ou 14 points comme borne du risque modéré, 17 ou 18 points comme borne du risque faible). Ce qui est exigé par le cadre HAS, ce n'est pas une grille précise plutôt qu'une autre, c'est l'usage systématique d'une échelle validée et la traçabilité du score dans le dossier du résident.

Ce score n'est qu'un point de départ clinique : il oriente le niveau de vigilance et le type de support, mais ne remplace jamais le jugement du professionnel de santé qui connaît le résident. Le schéma ci-dessous résume la logique d'action généralement retenue selon la bande de score obtenue.

Schéma pédagogique proposé par OxcaSanté à adapter au protocole validé par le médecin coordonnateur ou l'équipe soignante de votre établissement : il ne remplace pas une prescription ou un protocole médical.

Étape 1 : évaluer le risque à l'entrée

Dès les premiers jours du séjour, calculez le score de Braden du résident et complétez-le par un examen visuel des points d'appui (talons, sacrum, hanches, coudes). Cette première évaluation sert de référence pour toutes les suivantes.

Qui

Infirmier(ère) ou aide-soignant(e) formé(e), sous la responsabilité de l'IDEC ou du médecin coordonnateur.

Livrable

Score de Braden et état cutané initial tracés dans le dossier du résident.

Piège à éviter

Une évaluation faite « à l'œil » sans grille formalisée : impossible ensuite de comparer objectivement deux réévaluations dans le temps.

Étape 2 : réévaluer à intervalles réguliers

Fixez dans votre protocole une fréquence de réévaluation adaptée au profil de vos résidents, et réévaluez systématiquement en dehors de ce rythme dès qu'un événement change la donne : alitement prolongé, retour d'hospitalisation, perte d'autonomie brutale, ou dénutrition repérée. Un score figé depuis l'entrée ne reflète plus rien passé quelques semaines.

Qui

Équipe soignante, selon le rythme défini par le protocole de l'établissement.

Livrable

Historique des scores de Braden datés, consultable dans le dossier.

Piège à éviter

Un score recopié d'une réévaluation à l'autre sans nouvel examen réel, notamment après un retour d'hospitalisation où l'état du résident a pu changer.

Étape 3 : adapter support et mobilisation au niveau de risque

À partir du score obtenu, mettez en place le support anti-escarre et la fréquence de changement de position correspondants, comme résumé dans le schéma ci-dessus. Un support surdimensionné par rapport au risque réel mobilise inutilement du matériel et du temps soignant ; un support sous-dimensionné expose le résident.

Qui

Équipe soignante, sur prescription ou protocole validé par le médecin coordonnateur.

Livrable

Support attribué et plan de changement de position tracé (feuille de position ou équivalent).

Piège à éviter

Un plan de changement de position décidé en réunion mais jamais tracé au quotidien : sans feuille de suivi, impossible de prouver sa réalisation effective lors d'un contrôle.

Publiez votre protocole de prévention des escarres et votre grille de Braden comme documents qualité dans la bibliothèque qualité OxcaSanté : workflow de validation, date de révision et diffusion tracée aux équipes, avec une recherche qui explore aussi le contenu des pièces jointes. Voir la bibliothèque qualité OxcaSanté.

Étape 4 : surveiller l'état cutané aux points d'appui

Au-delà du score de Braden, inspectez régulièrement les zones les plus exposées à l'appui prolongé, en particulier les talons et le sacrum, les localisations les plus fréquemment retrouvées dans les enquêtes de prévalence [2]. Une rougeur qui ne blanchit pas à la pression est le premier signe d'alerte à transmettre immédiatement.

Qui

Aide-soignant(e), lors des soins d'hygiène et des changes.

Livrable

Observation cutanée tracée, avec alerte transmise à l'infirmier(ère) en cas de signe précoce.

Piège à éviter

Une rougeur repérée mais non transmise par oral ni par écrit : le relais d'équipe suivant repart sans cette information critique.

Étape 5 : sécuriser le volet nutritionnel

L'état nutritionnel est l'un des six critères de l'échelle de Braden : une dénutrition non repérée fait mécaniquement chuter le score et augmente le risque d'escarre. Croisez systématiquement le dépistage nutritionnel avec le suivi du risque d'escarre plutôt que de traiter les deux sujets séparément (voir notre guide sur le dépistage de la dénutrition chez la personne âgée).

Qui

Équipe soignante et médecin coordonnateur, en lien avec le dépistage nutritionnel.

Livrable

Statut nutritionnel et statut du risque d'escarre consultés ensemble à chaque réévaluation.

Piège à éviter

Deux protocoles distincts, dénutrition d'un côté et escarres de l'autre, qui ne se parlent jamais alors qu'ils partagent la même population à risque.

Étape 6 : déclarer et tracer toute escarre acquise

Toute escarre apparue en cours de séjour, c'est-à-dire non présente à l'entrée, mérite d'être déclarée comme un événement indésirable structuré, avec son lieu, le service concerné et ses conséquences pour le résident, plutôt que de rester une information orale entre équipes (voir notre guide sur la déclaration d'événement indésirable).

Qui

Infirmier(ère) ou référent qualité, dès la constatation de l'escarre.

Livrable

Fiche de déclaration complétée, avec stade, localisation et lieu de survenue.

Piège à éviter

Une escarre traitée cliniquement mais jamais déclarée comme événement : elle disparaît alors de toutes les statistiques de l'établissement, y compris celles qui justifieraient un renfort de moyens.

OxcaSanté permet de créer « escarre acquise » comme type d'événement personnalisable, avec le lieu, le lieu secondaire, le secteur d'activité et le service concernés, ainsi que les conséquences constatées pour le résident. Voir la déclaration d'événements indésirables OxcaSanté.

Étape 7 : analyser les escarres déclarées et ajuster le protocole

Exploitez périodiquement les escarres déclarées par lieu et par service pour repérer les zones ou les périodes les plus exposées (un service en sous-effectif temporaire, un matériel à renouveler) et nourrir la cartographie des risques a priori de l'établissement. Ce bilan a toute sa place à l'ordre du jour de votre revue de direction qualité.

Qui

Référent qualité ou médecin coordonnateur, en réunion d'équipe ou de gestion des risques.

Livrable

Bilan périodique des escarres acquises, avec actions correctives ciblées et datées.

Piège à éviter

Un protocole écrit une fois puis jamais réexaminé, alors que les escarres déclarées révèlent souvent une cause commune (support à renouveler, formation à refaire).

Checklist récapitulative

Checklist

  • Score de Braden calculé et tracé dès l'entrée
  • Fréquence de réévaluation définie, avec réévaluation systématique à chaque changement d'état
  • Support et plan de changement de position adaptés au score obtenu
  • Surveillance cutanée des points d'appui tracée, alertes transmises sans délai
  • Statut nutritionnel croisé avec le suivi du risque d'escarre
  • Toute escarre acquise déclarée comme événement indésirable
  • Bilan périodique des escarres déclarées examiné, protocole ajusté si besoin
  • Protocole et grille de Braden publiés dans la bibliothèque qualité, avec date de révision
  • Dossier de preuve conservé pour une évaluation externe ou une certification

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'échelle de Braden et à quoi sert-elle ?

C'est un outil d'évaluation clinique qui note six critères (perception sensorielle, humidité, activité, mobilité, nutrition, frictions et cisaillement) pour obtenir un score de 6 à 23 points : plus le score est bas, plus le risque d'escarre est élevé. Elle a été retenue par la conférence de consensus HAS/ANAES de 2001 sur la prévention et le traitement des escarres.

À quelle fréquence faut-il réévaluer le risque d'escarre en EHPAD ?

Une évaluation initiale est réalisée à l'entrée, puis le risque est réévalué à échéance régulière définie par le protocole de l'établissement et systématiquement à chaque changement notable de l'état de santé du résident (alitement, hospitalisation, dénutrition, perte d'autonomie).

Faut-il déclarer chaque escarre comme un événement indésirable ?

C'est une bonne pratique recommandée pour toute escarre apparue pendant le séjour : elle permet d'objectiver la prévalence réelle dans l'établissement, d'identifier les services ou situations les plus exposés, et de documenter les actions correctives lors d'une évaluation externe.

Une petite structure sans infirmière de nuit peut-elle appliquer ce protocole ?

Oui. Le référentiel d'évaluation des ESSMS ne prévoit aucun seuil de taille pour la prévention des risques liés aux soins. Dans une petite structure, plusieurs de ces étapes peuvent être portées par les mêmes professionnels (aide-soignant, IDEC, médecin coordonnateur) : ce qui compte est que chaque étape soit réellement réalisée et tracée, pas la répartition entre plusieurs intervenants.

Quelle est la différence entre prévention et traitement de l'escarre ?

La prévention vise à éviter l'apparition d'une escarre chez une personne qui n'en a pas (support adapté, mobilisation, surveillance cutanée). Le traitement concerne la prise en charge d'une escarre déjà constituée, avec des protocoles de soins de plaie spécifiques qui relèvent d'une prescription médicale et sortent du cadre de cet article.

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Sources

Le schéma de répartition par score et les seuils indicatifs présentés dans cet article sont un exemple pédagogique proposé par OxcaSanté, à valider avec le médecin coordonnateur ou l'équipe soignante de votre établissement : ils ne constituent pas une prescription médicale ni une grille imposée par la HAS.