Décryptage · Sécurité du médicament

Un aide-soignant peut-il écraser un comprimé en EHPAD ?

Un résident n'avale plus ses comprimés : qui peut les écraser, sur quelle prescription, et que faut-il éviter ? À la fin de cet article, vous saurez ce que disent les OMEDIT sur le partage des rôles entre infirmier et aide-soignant, ce que doit contenir la prescription, quelle liste consulter, ce qu'on n'écrase pas en règle générale et ce qu'il faut tracer [1][2][3].

Une règle claire sur l'écrasement des médicaments se prouve par un document validé et des événements tracés. Voyez comment OxcaSanté organise vos déclarations et vos documents qualité.

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Un aide-soignant peut-il écraser un comprimé ?

Slide 1 du carrousel : un aide-soignant peut-il écraser un comprimé ? Médicaments en EHPAD

Un résident n'arrive plus à avaler ses comprimés. Le réflexe est tentant : on les écrase et on les glisse dans une compote. Mais qui peut le faire, sur quelle base, et avec quelles limites ?

Cet article s'appuie sur les retours d'expérience et les fiches des OMEDIT (les observatoires régionaux du médicament), sur l'article L. 313-26 du code de l'action sociale et des familles et sur un document de pharmacie hospitalière. Il ne remplace ni la prescription, ni l'avis du pharmacien, ni votre protocole de soins. Chaque source est numérotée en fin d'article, avec son degré de confiance.

Écraser peut changer l'effet du médicament

Slide 2 du carrousel : il n'avale plus ses comprimés, on les écrase dans la compote ? Ce réflexe peut changer l'effet du médicament, inefficacité ou toxicité

Un comprimé est conçu pour libérer son principe actif d'une certaine façon. L'OMEDIT Normandie rappelle que la galénique (la forme et l'enrobage) détermine le mode d'action du médicament : une modification de la forme peut entraîner une modification de l'activité, avec un risque d'inefficacité ou de toxicité [2].

L'OMEDIT Île-de-France demande que les infirmiers connaissent les risques pharmacologiques de l'écrasement et de l'ouverture des gélules : sous-dosage, surdosage, inefficacité, toxicité, mauvais goût [3]. Cette adaptation ne concerne d'ailleurs pas que les troubles de la déglutition : elle peut aussi toucher des personnes sans trouble de déglutition, en cas de troubles du comportement ou de refus de prise [3].

Ce que vous allez comprendre

Slide 3 du carrousel : 4 repères pour écraser sans danger, qui peut le faire, sur quelle prescription, ce qu'on n'écrase pas, ce qu'il faut tracer

Quatre repères, suivis d'un schéma de décision :

  • qui peut écraser ;
  • sur quelle prescription ;
  • ce qu'on n'écrase pas en règle générale ;
  • ce qu'il faut tracer dans le dossier.

Écraser n'est pas une aide à la prise

Slide 4 du carrousel : écraser n'est pas une aide à la prise, selon l'OMEDIT Normandie le broyage relève de l'infirmier

Le retour d'expérience de l'OMEDIT Normandie (juillet 2022) pose la question sous forme de quiz : les aides-soignants peuvent-ils écraser des médicaments ? Sa réponse est non. Selon ce document, seul l'infirmier est habilité à pratiquer l'administration, un acte qui comprend le geste technique de broyage. Les aides-soignants peuvent procéder à la distribution et à l'aide à la prise de médicaments préalablement préparés, sous la responsabilité de l'infirmier. Et le broyage n'est pas une aide à la prise [1].

Un autre outil de l'OMEDIT Normandie, conçu pour les accompagnants d'établissements accueillant des personnes en situation de handicap, décrit le même partage des rôles : l'infirmier est responsable de l'étape d'administration, et les accompagnants (AS, AMP, AES) peuvent réaliser l'aide à la prise en collaboration avec lui et sous sa responsabilité [2]. Il ne vise pas spécifiquement les EHPAD : nous le citons pour la logique de répartition des rôles.

Côté texte, l'article L. 313-26 du CASF prévoit que l'aide à la prise des médicaments peut être assurée par toute personne chargée de l'aide aux actes de la vie courante, dès lors que, compte tenu de la nature du médicament, le mode de prise ne présente ni difficulté d'administration ni apprentissage particulier. Le libellé de la prescription permet de distinguer, selon qu'il fait référence ou non à l'intervention d'auxiliaires médicaux, s'il s'agit d'un acte de la vie courante, et des protocoles de soins sont élaborés avec l'équipe soignante [5]. Ce texte ne mentionne pas l'écrasement : c'est l'OMEDIT qui range le broyage hors de l'aide à la prise. C'est la position d'un organisme d'appui, pas un article de loi.

Notre conseil : écrivez dans votre protocole de soins qui prépare, qui écrase et qui aide à la prise, et faites-le valider par votre médecin et votre pharmacien.

Écraser, ça se prescrit

Slide 5 du carrousel : écraser, ça se prescrit, le médecin prescrit l'écrasement des comprimés et l'ouverture des gélules

Dans sa check-list sur la prise en charge médicamenteuse et les troubles de la déglutition, l'OMEDIT Île-de-France retient comme point de contrôle que l'écrasement des comprimés et l'ouverture des gélules sont prescrits par le médecin [3]. L'outil de l'OMEDIT Normandie classe d'ailleurs les « modalités de prise particulières (comprimés écrasés…) » parmi les mentions d'une prescription [2].

Dans le retour d'expérience, la méconnaissance par le médecin et l'infirmière du fait que le broyage relève d'une prescription médicale figure parmi les facteurs contributifs de l'erreur. Un logiciel qui ne permet pas de prescrire le broyage médicament par médicament en est un autre ; la piste proposée est d'adapter son paramétrage [1].

Avant d'écraser, la fiche de l'OMEDIT Pays de la Loire invite à demander un avis pharmaceutique ou médical pour envisager une alternative : forme orodispersible, forme buvable, sachet de poudre à reconstituer [4].

La liste de référence

Slide 6 du carrousel : la liste de référence, l'OMEDIT Normandie publie la liste des médicaments écrasables, médecins et infirmiers doivent pouvoir la consulter

L'OMEDIT Normandie publie, en partenariat avec la Société française de pharmacie clinique, une liste des médicaments écrasables et des gélules ouvrables [6]. La check-list de l'OMEDIT Île-de-France demande que cette liste soit accessible aux médecins et aux infirmiers [3], et le retour d'expérience en fait une action corrective : mettre un référentiel à leur disposition [1].

À défaut de liste propre à l'établissement, la fiche de l'OMEDIT Pays de la Loire invite à contacter la pharmacie ou à consulter une liste de l'OMEDIT, le Vidal ou la notice du médicament [4]. Vérifiez la date de la version que vous utilisez : la liste est mise à jour.

Ce qu'on n'écrase pas, en règle générale

Slide 7 du carrousel : en règle générale, on n'écrase pas les gastro-résistants, les formes à libération modifiée, les anticancéreux et les toxiques, sauf mention contraire

Les règles générales convergent. Ne pas écraser les formes à libération modifiée (LP, microgranules), les formes gastro-résistantes ni les médicaments anticancéreux [4]. Le document de pharmacie hospitalière ajoute les capsules molles, les médicaments à marge thérapeutique étroite, ceux qui contiennent des substances toxiques ou irritantes et ceux qui sont instables à l'air ou à la lumière, et précise que les formes à libération modifiée peuvent faire exception si le laboratoire l'autorise [7].

Quelques idées reçues, corrigées par le quiz de l'OMEDIT Normandie : « sécable » ne veut pas dire « broyable » ; toutes les gélules LP ne doivent pas être ouvertes, mais celles qui contiennent des microgranules LP peuvent l'être à condition de ne pas toucher à leur intégrité ; les formes orodispersibles, lyoc ou sublinguales ne s'écrasent pas [1].

Dans le scénario pédagogique du même document, et d'après la version de la liste citée en 2022, les gélules de paracétamol et d'amoxicilline ne doivent pas s'ouvrir et les comprimés d'énalapril et de paroxétine ne doivent pas être broyés ; la gélule gastro-résistante d'oméprazole peut s'ouvrir, mais pas ses granules [1]. Pour un médicament précis, reportez-vous à la liste en vigueur et demandez à votre pharmacien.

Un médicament à la fois, au dernier moment

Slide 8 du carrousel : un médicament à la fois, au dernier moment, jamais la veille, jamais plusieurs ensemble, matériel propre à chaque fois

Le retour d'expérience décrit l'erreur type : l'infirmière prépare les médicaments la veille au soir, écrase tous les comprimés, ouvre toutes les gélules et mélange le tout dans une compote placée au réfrigérateur [1]. L'OMEDIT Normandie rappelle à l'inverse que comprimés et gélules ne doivent pas être écrasés ni ouverts à l'avance, mais au moment de l'administration [2].

Les médicaments sont écrasés les uns après les autres, pas ensemble [1][4]. Le retour d'expérience préfère un écrase-comprimé avec sachet au mortier et au pilon, difficiles à nettoyer entre deux écrasements, et recommande gants, masque et blouse compte tenu des risques pour le soignant (allergie, toxicité, effet tératogène) [1]. Le matériel est propre et sec, nettoyé entre chaque utilisation [4].

Pour diluer un médicament, la fiche de l'OMEDIT Pays de la Loire privilégie l'eau minérale plate, et cite les compotes ou gelées en cas de risque de fausse route [4]. Voyez notre article sur les fausses routes en EHPAD.

Notez qui est concerné

Slide 9 du carrousel : notez qui est concerné, inscrivez l'écrasement dans le dossier de la personne, les vacataires doivent savoir le repérer

La check-list de l'OMEDIT Île-de-France attend que les personnes dont la prise en charge médicamenteuse est adaptée (écrasement des comprimés, ouverture des gélules) soient identifiées dans leur dossier unique informatisé et dans leur dossier de liaison d'urgence. Elle attend aussi que les moyens d'identification (gommette, icône dans le logiciel de prescription) soient connus de tous les professionnels, y compris des vacataires [3].

Elle demande de tracer le trouble de la déglutition et les changements de texture des repas, et de tenir à jour une liste des personnes concernées, accessible à tous les professionnels, y compris à l'accueil, à l'animation et à la restauration [3].

Une règle d'écrasement ne protège que si elle est validée, datée et retrouvable par toutes les équipes. La bibliothèque qualité d'OxcaSanté gère les versions avec historique, le circuit de validation et les alertes d'expiration.

Voir la bibliothèque qualité

5 questions avant d'écraser

Slide 10 du carrousel : schéma des 5 questions avant d'écraser, une forme buvable existe-t-elle, le médecin l'a-t-il prescrit, est-il dans la liste, l'infirmier écrase un seul à la fois, c'est tracé dans le dossier

Notre synthèse des sources [1][3][4], sous forme de questions à se poser dans l'ordre. Ce n'est pas un protocole validé : c'est une trame que votre pharmacien et votre médecin peuvent adapter.

Si la réponse est non aux questions 2 ou 3, on s'arrête et on contacte le médecin ou le pharmacien, que l'OMEDIT Île-de-France désigne comme professionnels ressources pour toute question sur le broyage [3]. Une erreur ou un presque-accident lié à l'écrasement se déclare comme tout événement indésirable : c'est ce que rappelle l'OMEDIT Normandie à la fin de son retour d'expérience [1].

Une erreur de médicament, ou un presque-accident, se déclare et se suit jusqu'à la mesure corrective. OxcaSanté permet de déclarer un événement indésirable et d'en suivre le traitement avec un historique.

Voir la déclaration d'événements indésirables

À retenir

Slide 11 du carrousel : à retenir, écraser se prescrit et relève de l'infirmier, vérifier la liste avant chaque geste, un médicament à la fois tracé au dossier
  • 1. Écraser se prescrit, et relève de l'infirmier.
  • 2. Vérifier la liste avant chaque geste.
  • 3. Un médicament à la fois, tracé au dossier.

Questions fréquentes

Un aide-soignant peut-il écraser un comprimé ?

Selon l'OMEDIT Normandie, non : le broyage fait partie de l'administration, qui relève de l'infirmier. L'aide-soignant peut aider à la prise de médicaments préalablement préparés, sous la responsabilité de l'infirmier [1][2]. L'article L. 313-26 du CASF encadre l'aide à la prise sans mentionner l'écrasement [5]. Faites valider votre protocole par votre médecin et votre pharmacien.

Faut-il une prescription pour écraser un comprimé ?

Oui. L'OMEDIT Île-de-France retient comme point de contrôle que l'écrasement des comprimés et l'ouverture des gélules sont prescrits par le médecin [3], et l'OMEDIT Normandie cite le comprimé écrasé parmi les modalités de prise particulières d'une prescription [2].

Où trouver la liste des médicaments écrasables ?

L'OMEDIT Normandie la publie sur son site, en partenariat avec la Société française de pharmacie clinique [6]. À défaut de liste de l'établissement, on peut aussi contacter la pharmacie, consulter le Vidal ou la notice [4]. Vérifiez toujours la date de la version utilisée.

Un comprimé sécable peut-il être écrasé ?

Pas forcément. Le quiz de l'OMEDIT Normandie répond que « sécable » ne veut pas dire « broyable » [1]. Le document de pharmacie hospitalière ajoute qu'une rainure ne garantit pas une division en deux doses distinctes [7]. Vérifiez dans la liste ou demandez au pharmacien.

OxcaSanté aide-t-il sur ce sujet ?

OxcaSanté permet de déclarer un événement indésirable (par exemple une erreur de médicament) et d'en suivre le traitement avec un historique, et de publier votre procédure dans une bibliothèque qualité avec circuit de validation, versions et alertes d'expiration. L'outil ne contient pas la liste des médicaments écrasables, ne prescrit pas et ne remplace pas l'avis du médecin ou du pharmacien.

Slide 12 du carrousel : votre règle d'écrasement est-elle écrite et connue de tous, réserver une démo de 20 minutes

Votre règle d'écrasement est-elle écrite et connue de tous ?

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Articles connexes

Sources

  • [1] OMEDIT Normandie, « Retour d'expérience sur les erreurs médicamenteuses : broyer un comprimé, ouvrir une gélule », fiche de juillet 2022, lue le 24 octobre 2026 (fiche-retex-broyage-apprenant.pdf) · confiance : source institutionnelle (OMEDIT, structure régionale d'appui), position d'un organisme d'appui et non texte réglementaire.
  • [2] OMEDIT Normandie, « Outil de formation à destination des accompagnants, établissement accueillant des personnes en situation de handicap », fichier daté du 4 décembre 2020, lu le 24 octobre 2026 (outil-de-formation-2020.12.04.pdf) · confiance : source institutionnelle, document conçu pour le secteur du handicap et non pour les EHPAD.
  • [3] OMEDIT Île-de-France, check-list « PECM et troubles de la déglutition », établissements et services médico-sociaux, mise à jour de novembre 2024, lue le 24 octobre 2026 (15-Check-list-PECM-Troubles-de-la-deglutition.pdf) · confiance : source institutionnelle, outil d'audit ; éditeur déduit de l'adresse du fichier.
  • [4] OMEDIT Pays de la Loire, fiche « Administration des médicaments chez la personne âgée, voie orale », copie hébergée par l'OMEDIT Grand Est (fichier déposé en juillet 2017, date de rédaction non indiquée), lue le 24 octobre 2026 (OMEDIT_Admin PA-V_ORALE.pdf) · confiance : source institutionnelle, document ancien dont les principes recoupent les sources 1 et 3.
  • [5] Code de l'action sociale et des familles, article L. 313-26 · Légifrance, texte consolidé (édition du 24 octobre 2026), lu le 24 octobre 2026 (codes.droit.org) · confiance : source officielle, texte lu dans la copie en données ouvertes, Légifrance n'étant pas relu depuis la session.
  • [6] OMEDIT Normandie, page « Liste des médicaments écrasables », réalisée en partenariat avec la Société française de pharmacie clinique, consultée le 24 octobre 2026 (omedit-normandie.fr) · confiance : source institutionnelle. La liste elle-même n'a pas été relue ici : aucune affirmation sur un médicament ne s'y appuie directement.
  • [7] Fondation Rothschild, pharmacie, « Bonnes pratiques de broyage ou ouverture de gélules et administration par sonde », août 2023, lu le 24 octobre 2026 (Bonnes pratiques de broyage.pdf) · confiance moyenne : document d'un établissement hospitalier, non institutionnel, cohérent avec les sources 1 et 4.

Note méthodologique : le site de la HAS, Légifrance et plusieurs sites d'ARS n'étaient pas accessibles depuis la session ; les guides d'ARS n'ont donc pas été lus et ne sont pas cités. La position selon laquelle le broyage relève de l'infirmier est celle des OMEDIT cités, pas une disposition du code de la santé publique relue ici. Aucun chiffre de fréquence n'est repris, faute de source suffisante. Les sections « Notre conseil » et « 5 questions avant d'écraser » sont nos synthèses. Cet article ne constitue ni un avis médical ni un avis pharmaceutique : pour un médicament ou un résident précis, la prescription, la liste en vigueur et le pharmacien font foi.

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