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IA en établissement de santé, service par service : ce que les études prouvent, ce que les éditeurs promettent

Sur 19 cadres de santé mis au défi par l'ANAP de construire le planning d'un service hospitalier en quatre heures, les 4 meilleurs résultats ont été obtenus par des cadres équipés d'un outil d'IA, contre 1 seul avec Excel. C'est l'une des rares preuves françaises et vérifiables disponibles à ce jour sur l'IA et le gain de temps en établissement de santé. Pour d'autres métiers, en particulier le secrétariat médical ou la pharmacie, la situation est très différente : la demande est documentée depuis des années, mais aucune étude indépendante ne chiffre encore le gain réel. Cet article part chercher, service par service, ce que les sources permettent d'affirmer, et ce qui relève encore de l'argument commercial.

En bref

  • Aucune étude indépendante ne chiffre le gain de temps de l'IA pour le secrétariat médical français, malgré une demande documentée depuis 2022 : 65% des médecins citaient déjà la secrétaire comme premier levier de gain de temps, avant la démocratisation de l'IA générative.
  • La preuve française la plus solide vient d'un challenge organisé par l'ANAP en mars 2025 : sur 19 cadres de santé réalisant un planning hospitalier, les 4 meilleurs résultats ont été obtenus avec un outil d'IA, contre 1 avec Excel.
  • Une étude suédoise du groupe Capio (filiale de Ramsay Santé), portant sur 375 000 notes médicales, montre une réduction de 29% du temps de documentation (décembre 2025) : un signal européen, pas une mesure française.
  • L'usage de l'IA par les professionnels RH a triplé en un an, de 9% à 28% (baromètre OpinionWay/Kelio, 2024-2025), un chiffre transversal, non spécifique à la santé.
  • En pharmacie, aucun chiffre de gain de temps n'a pu être identifié à ce jour : seulement des cas d'usage émergents.
  • Les pourcentages de gain de temps les plus élevés mis en avant par certains éditeurs commerciaux ne s'appuient sur aucune méthodologie publique vérifiable identifiée dans cette recherche.

Secrétariat médical : la plus forte demande, la preuve la plus faible

La demande de temps administratif libéré ne date pas de l'IA générative. Une enquête Mutuelle du Médecin / A+A Research menée en 2018 auprès de 201 médecins généralistes montrait déjà que ces derniers consacraient 7 heures sur 50 heures de travail hebdomadaire à l'administratif (14% de leur temps), dont 24% pour les dossiers type Sécurité sociale ou CMU et 23% pour la comptabilité du cabinet ; 85% jugeaient que cette charge pesait lourdement sur leur activité. Quatre ans plus tard, un sondage exclusif de What's Up Doc publié en décembre 2022 auprès de 219 médecins évaluait à 95 minutes par jour le temps qu'ils jugeaient perdu, et plaçait très nettement la secrétaire médicale en tête des leviers de gain de temps espérés (65% des répondants), devant les paramédicaux (37%), les logiciels professionnels (30%) et le matériel informatique (29%).

Ce que cette recherche n'a en revanche pas permis de trouver, c'est une étude indépendante récente qui chiffre précisément le gain de temps obtenu grâce à l'IA générative sur ces mêmes tâches de secrétariat. Les pourcentages qui circulent sur ce sujet précis, souvent entre 30% et 80% de temps gagné, proviennent systématiquement de sites d'éditeurs commercialisant des solutions d'IA pour le secrétariat médical ou la prise de rendez-vous, sans lien vers un échantillon, une méthode de calcul ou une publication vérifiable. Ce n'est pas une preuve que ces outils ne fonctionnent pas : c'est une absence de preuve indépendante, à ne pas confondre l'une avec l'autre.

Un repère partiel existe côté médecins eux-mêmes : dans un article d'Egora publié le 18 juillet 2024, l'éditeur d'un assistant médical par IA revendique un gain de « une à deux heures par jour » pour ses utilisateurs. C'est une déclaration de l'éditeur lui-même, reprise par la presse professionnelle, sans étude jointe ni méthodologie publiée : à traiter comme un signal, pas comme un fait établi, et elle concerne le médecin, pas la fonction de secrétariat. Sur un terrain plus étroit, le Quotidien du Médecin rapportait le 3 juillet 2024 un taux de rendez-vous non honorés ramené à 3,3% toutes spécialités confondues sur la plateforme Doctolib, attribué à des fonctionnalités de rappel automatisées : un indicateur utile sur la gestion des rendez-vous, mais qui ne mesure pas spécifiquement un usage d'IA générative.

Planning et gestion RH : la meilleure preuve française à ce jour

C'est sur ce terrain précis que se trouve la démonstration la plus solide et la plus récente. L'Agence nationale d'appui à la performance (ANAP) a annoncé le 19 décembre 2024 un challenge destiné aux cadres de santé, justifié par ce constat : « les cadres consacrent de 40 à 80% de leur temps de travail à la gestion des plannings ». Plus de 190 cadres ont candidaté ; 20 ont été retenus, dont 10 équipés d'un outil d'IA fourni par l'un des 4 éditeurs sélectionnés et 10 travaillant sous Excel.

Le duel s'est tenu le 6 mars 2025 : chaque cadre disposait de 4 heures pour construire le planning d'un service hospitalier fictif, en respectant les contraintes réglementaires de temps de travail et les contraintes personnelles des agents, avec notation à l'aveugle par un jury. Selon Espace Infirmier, qui a rapporté les résultats le 1er avril 2025, 19 cadres ont finalement concouru (10 avec IA, 9 avec Excel), et les 4 premières places sont revenues à des cadres utilisant un outil d'IA, la 5ᵉ revenant à un cadre travaillant sous Excel. Aucun gain de temps en minutes ou en heures n'a été communiqué publiquement à l'issue du challenge : c'est un signal de qualité du résultat produit dans un temps contraint identique pour tous, pas une mesure de productivité au quotidien. C'est aussi un exercice simulé sur une journée, pas un suivi dans la durée d'un service réel.

Que l'IA fasse gagner du temps sur le planning ou ailleurs, la traçabilité de vos actions qualité reste, elle, obligatoire.

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Documentation de soins : un signal européen, pas encore français

Sur la rédaction de comptes rendus et de notes de consultation, la source la plus robuste identifiée ne vient pas de France. Une étude publiée le 8 décembre 2025 par Tandem Health, en partenariat avec le groupe hospitalier suédois Capio, filiale de Ramsay Santé, porte sur 375 000 notes médicales générées par 1 295 cliniciens (66% de généralistes, 43 spécialités représentées) entre avril 2024 et octobre 2025. Elle mesure une réduction du temps de documentation de 6,69 à 4,72 minutes par note, soit 29% de moins, un temps d'édition médian de la note générée de 93 secondes, une hausse de 16% de la présence perçue auprès du patient, et une réduction du stress lié aux tâches administratives d'environ 30% sur une échelle déclarative.

Trois précautions s'imposent avant d'en tirer une conclusion pour un établissement français. D'abord, il s'agit d'un système de santé suédois, pas français : l'organisation du travail, la charge administrative et le cadre réglementaire diffèrent. Ensuite, ce rapport est publié conjointement par l'éditeur de la solution et son client hospitalier, pas par une revue scientifique indépendante avec comité de lecture : c'est une étude en conditions réelles à grande échelle, mais pas une publication académique au sens strict. Enfin, si Ramsay Santé est bien présent en France, cette étude spécifique ne porte pas sur ses établissements français. Elle reste, à ce jour, le signal le plus construit et le plus documenté sur l'IA appliquée à la documentation médicale en Europe : à lire comme une indication de ce qui est possible, pas comme une mesure transposable telle quelle.

RH : un usage qui triple, hors secteur santé

Le baromètre OpinionWay pour Kelio, publié le 22 avril 2025, interroge chaque année un panel de directeurs et responsables RH (301 répondants en 2025) sur leurs usages de l'IA. Le résultat est net : l'usage quotidien de l'IA chez les professionnels RH est passé de 9% en 2024 à 28% en 2025, soit un triplement en un an. La confiance reste toutefois le principal frein : moins de la moitié des répondants (46%) déclarent faire confiance à la qualité du travail produit par l'IA, et la confidentialité des données est le seul enjeu en hausse parmi les freins cités (41%, +3 points).

Ce baromètre est généraliste, toutes entreprises confondues, et n'isole pas le secteur santé. Aucune donnée équivalente spécifique aux fonctions RH d'un établissement de santé ou d'un ESSMS n'a été identifiée dans cette recherche. Il donne malgré tout un ordre de grandeur transposable avec prudence : si la tendance se vérifie dans le secteur, la gestion RH (recrutement, plannings, absentéisme) est probablement, avec le planning des soignants documenté par l'ANAP, l'un des chantiers où l'adoption de l'IA progresse le plus vite dans les fonctions support.

Pharmacie : des cas d'usage émergents, pas encore de mesure

Côté pharmacie, hospitalière comme d'officine, cette recherche n'a permis d'identifier aucun chiffre de gain de temps lié à l'IA, qu'il s'agisse de l'analyse d'ordonnances ou de la détection d'interactions médicamenteuses. La Société Française de Pharmacie Clinique a pris position en faveur d'une mobilisation académique sur le sujet, et des outils d'aide à l'analyse pharmaceutique comme PharmIA, développé avec le CHU de Montpellier, sont en cours de déploiement. Mais aucune étude publiée ne mesure à ce jour le temps gagné par un pharmacien grâce à ces outils. C'est, des cinq métiers passés en revue dans cet article, celui pour lequel le manque de preuve est le plus complet.

Le gisement de temps administratif : une fourchette, pas un chiffre unique

Les études disponibles sur le temps administratif des médecins ne convergent pas vers un chiffre unique, et il serait trompeur d'en choisir un seul comme s'il faisait consensus. L'enquête Mutuelle du Médecin de 2018 évaluait la charge administrative à 14% du temps de travail hebdomadaire (7 heures sur 50) ; le sondage What's Up Doc de 2022 évaluait le temps perdu à 95 minutes par jour, soit un ordre de grandeur proche mais mesuré différemment. Ces deux repères datent d'avant la démocratisation de l'IA générative grand public : ils documentent un problème préexistant, pas un effet mesuré de l'IA sur ce problème. Retenir une fourchette plutôt qu'un chiffre isolé, et toujours dater la source citée, nous semble la façon la plus honnête de présenter ce que ces études permettent réellement d'affirmer.

Une dernière réserve mérite d'être posée clairement : le challenge ANAP porte sur des cadres hospitaliers, et l'étude Capio sur un groupe hospitalier suédois. Aucune des sources rassemblées dans cet article n'isole spécifiquement un cabinet médical, un EHPAD ou un ESSMS de moins de 50 salariés, où l'absence fréquente de service informatique ou RH dédié change probablement la donne, dans un sens ou dans l'autre. C'est le même angle mort que documentait déjà notre article sur le baromètre national IA à l'hôpital : les petites structures restent, pour l'instant, les grandes absentes des études chiffrées sur l'IA en santé. C'est aussi, en creux, un argument inverse : dans une structure sans service informatique ni service qualité dédié, l'absence d'étude signifie qu'il n'existe aujourd'hui aucun retour d'expérience fiable sur lequel s'appuyer avant d'investir dans un outil d'IA, ce qui rend d'autant plus nécessaire un cadre qualité qui, lui, ne dépend d'aucune promesse d'éditeur.

Le temps gagné a besoin d'un cadre

OxcaSanté n'est pas un outil d'intelligence artificielle et n'en propose pas à ses utilisateurs à ce jour. Que le gain de temps documenté dans cet article vienne d'un outil de planning, d'un assistant de documentation ou d'un logiciel RH, il ne dispense pas de la traçabilité qu'exige une démarche qualité : chaque déclaration d'événement indésirable, chaque évolution de la bibliothèque documentaire, chaque formulaire de satisfaction patient doit rester horodaté et attribué à un auteur identifié pour tenir face à un auditeur, qu'il s'agisse d'une certification HAS ou d'une évaluation ESSMS. Le temps libéré par l'IA sur le secrétariat, le planning ou la documentation n'a de valeur pour votre démarche qualité que s'il est réinvesti dans un cadre structuré, pas absorbé ailleurs.

Pour aller plus loin sur le sujet de l'IA en santé, deux articles complémentaires : le premier baromètre national IA à l'hôpital donne la vue d'ensemble macro, et notre article sur le « shadow AI » détaille les risques d'un usage non cadré (secret médical, RGPD) que ce gain de temps individuel peut faire courir à votre établissement.

Questions fréquentes

L'intelligence artificielle fait-elle gagner du temps aux secrétaires médicales en France ?

Aucune étude indépendante ne chiffre aujourd'hui précisément ce gain en France. La demande est documentée de longue date : dès 2022, 65% des médecins interrogés par What's Up Doc citaient la secrétaire médicale comme premier levier de gain de temps, avant même la démocratisation de l'IA générative grand public. Mais les pourcentages de gain de temps mis en avant par certains éditeurs de solutions IA, souvent entre 30% et 80%, ne sont associés à aucune méthodologie publique ni étude indépendante identifiée à ce jour : à traiter comme des arguments commerciaux, pas comme des faits établis.

Existe-t-il une preuve chiffrée française sur l'IA et le gain de temps en établissement de santé ?

La preuve la plus solide disponible à ce jour vient d'un challenge organisé par l'ANAP en mars 2025 : sur 19 cadres de santé chargés de construire en 4 heures le planning d'un service hospitalier, 10 avec un outil d'IA et 9 avec Excel, les 4 premières places ont été remportées par des cadres utilisant l'IA. Aucun gain de temps en minutes ou en heures n'a toutefois été communiqué publiquement à l'issue de ce challenge : c'est un signal de qualité du résultat, pas une mesure de productivité chiffrée.

Une étude a-t-elle mesuré le gain de temps de l'IA sur la documentation médicale ?

Oui, mais pas en France. Une étude portant sur 375 000 notes médicales générées par 1 295 cliniciens du groupe suédois Capio, filiale de Ramsay Santé, publiée en décembre 2025, montre une réduction du temps de documentation de 29%, de 6,69 à 4,72 minutes par note. Il s'agit d'une étude suédoise, publiée par l'éditeur de la solution et son client hospitalier, à considérer comme un signal européen transposable par analogie, pas comme une mesure française validée par une publication scientifique indépendante.

Faut-il croire les pourcentages de gain de temps annoncés par les éditeurs de logiciels d'IA en santé ?

Avec prudence. Dans cette recherche, les pourcentages de gain de temps les plus élevés provenaient systématiquement de sites commerciaux d'éditeurs vendant ces solutions, sans lien vers une étude, un échantillon ou une méthodologie vérifiable. Les sources les plus solides identifiées viennent au contraire d'organismes publics comme l'ANAP, ou de publications qui détaillent leur méthode, même lorsqu'elles ne portent pas sur la France.

OxcaSanté propose-t-elle des fonctionnalités d'intelligence artificielle ?

C'est un choix assumé, pas une lacune. OxcaSanté est une plateforme de management de la qualité où chaque déclaration d'événement indésirable, chaque document de la bibliothèque qualité et chaque modification reste horodaté et attribué à un auteur identifié, une garantie qu'un contenu généré par IA n'offre pas nativement face à un auditeur HAS. La plateforme ne propose donc pas de fonctionnalité d'intelligence artificielle à ce jour, quels que soient par ailleurs les outils que votre équipe utilise sur d'autres tâches. Le temps gagné grâce à l'IA ailleurs dans l'organisation a besoin d'un cadre qualité solide et traçable pour être réinvesti utilement : dès 39€/an/licence, c'est ce que la plateforme vient outiller.

Sources

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