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Registre des activités et traçabilité des connexions : que tracer, combien de temps le conserver, comment le présenter en cas de contrôle

Un journal de connexion jamais consulté, une durée de conservation fixée "au cas où" plutôt que documentée, un registre des activités qui n'existe que dans la tête du responsable qualité : ce sont les trois lacunes les plus fréquentes relevées lors des contrôles CNIL dans les établissements de santé et médico-sociaux. Cet article détaille, en 6 étapes sourcées, ce qu'il faut tracer, combien de temps le conserver et comment présenter le tout en cas de contrôle de l'ARS, d'un organisme évaluateur ou de la CNIL elle-même. À la fin, vous saurez construire ce dossier de preuve et le tenir à jour sans y passer un après-midi par trimestre.

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Ce que dit la réglementation sur le registre et la traçabilité

L'obligation de tenir un registre des activités de traitement, prévue à l'article 30 du RGPD, concerne tous les organismes publics comme privés, quelle que soit leur taille, dès lors qu'ils traitent des données personnelles[2]. Les organismes de moins de 250 salariés bénéficient d'une dérogation, mais elle ne s'applique pas aux traitements de données sensibles : dès qu'un traitement porte sur des données de santé, il doit figurer au registre même dans une petite structure[2]. Pour chaque traitement, la fiche de registre doit préciser au minimum les finalités, les catégories de personnes et de données concernées, les destinataires, les transferts éventuels, les durées de conservation et une description des mesures de sécurité[2].

À côté de ce document de gouvernance, la CNIL recommande une mesure de sécurité distincte : la journalisation. Elle attend l'enregistrement des opérations de création, consultation, partage, modification et suppression des données, avec l'identifiant de l'utilisateur, la date, l'heure et le type d'opération[1]. Sa recommandation du 14 octobre 2021 précise la durée : une conservation glissante de six mois à un an pour la journalisation standard, avec la possibilité de justifier une durée supérieure, jusqu'à trois ans dans les cas les plus courants, lorsqu'un contrôle interne des accès le nécessite[3]. Elle insiste enfin sur un point souvent négligé : les journaux doivent être exploités, pas seulement activés, via un système d'analyse permettant de détecter les accès anormaux à court terme[3].

Pour les données de santé spécifiquement, la CNIL a rappelé après une série de contrôles que la traçabilité doit permettre de documenter non seulement qui s'est connecté, mais qui a accédé à quoi, et que seuls les professionnels effectivement impliqués dans la prise en charge d'un patient doivent y avoir accès[4]. Ces contrôles, menés entre 2020 et 2024 auprès de 13 établissements de santé à la suite d'alertes sur des accès illégitimes au dossier patient informatisé, se sont soldés par plusieurs mises en demeure[4].

Précision utile : le registre des activités (gouvernance des traitements) et la journalisation des connexions (mesure de sécurité) sont deux obligations distinctes mais complémentaires. Cet article couvre les deux, car elles se retrouvent ensemble dans le même dossier de preuve en cas de contrôle.

Étape 1 : recenser ce qui doit figurer au registre des activités

Listez chaque traitement de données personnelles de l'établissement : dossier patient ou résident, paie, vidéosurveillance, déclarations qualité, etc. Pour chacun, documentez finalité, données concernées, destinataires, durée de conservation et mesures de sécurité, comme l'exige l'article 30 du RGPD[2].

Qui

Délégué à la protection des données (DPO) si l'établissement en a désigné un, sinon responsable qualité ou direction.

Livrable

Le registre des activités de traitement, à jour et daté.

Piège à éviter

Oublier les traitements portés par un sous-traitant (hébergeur, éditeur du logiciel qualité) alors qu'ils doivent aussi apparaître au registre.

Étape 2 : activer une journalisation des connexions et des accès

Assurez-vous que chaque connexion et chaque opération sur une donnée sensible (création, consultation, modification, suppression) est enregistrée avec l'identité de l'utilisateur, la date et l'heure, comme le recommande la CNIL[1]. Cela suppose des comptes nominatifs : un compte générique partagé rend impossible d'attribuer une action à une personne précise.

Qui

Administrateur applicatif, en lien avec l'éditeur du logiciel qualité ou l'hébergeur.

Livrable

Un journal de connexion actif, consultable par utilisateur.

Piège à éviter

Confondre journal de connexion (qui s'est connecté) et traçabilité applicative (qui a consulté quel dossier) : la CNIL attend les deux niveaux[4].

OxcaSanté trace chaque connexion avec la date, le résultat d'authentification, l'adresse IP, l'appareil et le navigateur utilisés, consultable directement depuis l'espace "Mon compte" de chaque utilisateur. Voir l'historique de connexion OxcaSanté.

Étape 3 : fixer et documenter la durée de conservation des journaux

Écrivez noir sur blanc la durée de conservation retenue pour vos journaux : la CNIL recommande une période glissante de six mois à un an pour la journalisation standard, extensible jusqu'à trois ans dans les cas les plus courants si un contrôle interne le justifie[3]. Une conservation "indéfinie, au cas où" n'est pas conforme.

Qui

DPO ou responsable qualité, décision validée par la direction.

Livrable

Une politique de conservation écrite, avec la durée retenue et sa justification.

Piège à éviter

Appliquer par défaut une durée supérieure à un an sans pouvoir justifier le contrôle interne qui la rend nécessaire.

Étape 4 : exploiter réellement les journaux, pas seulement les activer

Organisez un contrôle périodique des journaux pour repérer les accès qui semblent anormaux, par exemple une consultation massive ou hors horaires habituels. La CNIL est explicite : la journalisation ne protège que si les données collectées sont réellement exploitées à court terme[3].

Qui

Responsable qualité ou référent sécurité, à une fréquence à définir (par exemple trimestrielle).

Livrable

Un compte rendu de contrôle daté, même s'il ne relève aucune anomalie.

Piège à éviter

Activer la journalisation puis ne plus jamais consulter les journaux, ce qui la vide de son utilité réelle.

Le registre des activités d'OxcaSanté recense l'ensemble des actions effectuées sur la plateforme, consultable en Super-administration, sans avoir à reconstituer un export manuel avant chaque contrôle. Voir le registre des activités OxcaSanté.

Étape 5 : restreindre l'accès aux journaux eux-mêmes

Protégez les équipements et les données de journalisation contre toute opération non autorisée, et rendez-les inaccessibles aux personnes dont l'activité est précisément tracée : c'est une exigence explicite de la CNIL, qui vise à empêcher qu'un utilisateur puisse modifier ou effacer la trace de ses propres actions[1].

Qui

Administrateur applicatif, avec une liste documentée des personnes habilitées à consulter les journaux.

Livrable

Une règle d'accès écrite aux journaux, distincte de l'accès aux données métier.

Piège à éviter

Laisser les mêmes administrateurs à la fois agir sur les données et purger les journaux sans contrôle croisé.

Étape 6 : constituer un dossier de preuve mobilisable en cas de contrôle

Regroupez le registre des activités, la politique de conservation et un extrait représentatif des journaux dans un dossier facilement mobilisable, pour pouvoir répondre à une question de l'ARS, d'un organisme évaluateur ou d'un contrôle CNIL sans avoir à tout reconstituer dans l'urgence.

Qui

DPO ou responsable qualité.

Livrable

Un dossier de preuve : registre, politique de conservation, extrait de journalisation et derniers comptes rendus de contrôle.

Piège à éviter

Ne pas savoir expliquer en entretien qui a accédé à quoi et pourquoi : c'est souvent ce qui est demandé, plus qu'un document parfait.

Schéma : du geste tracé au contrôle

Ce schéma résume le trajet d'une action journalisée, de sa création à sa mobilisation en cas de contrôle.

Schéma du trajet d'une action journalisée jusqu'au contrôle Une action utilisateur est journalisée immédiatement, conservée entre 6 mois et 1 an (jusqu'à 3 ans si justifié), puis contrôlée périodiquement avant d'alimenter le dossier de preuve mobilisable en cas d'inspection. Action utilisateur : connexion, consultation, modification, suppression Étape 2 : journalisation immédiate, compte nominatif Conservation glissante 6 mois à 1 an Étape 3 : jusqu'à 3 ans si un contrôle interne le justifie Contrôle périodique des journaux (ex. trimestriel) Étape 4 : détection des accès anormaux, accès restreint (étape 5) Dossier de preuve constitué Étape 6 : registre + politique de conservation + extrait de journal Présentation en cas de contrôle ARS, organisme évaluateur ou contrôle CNIL

Schéma pédagogique proposé par OxcaSanté pour synthétiser la procédure : les durées indiquées reprennent les recommandations CNIL citées en sources, à adapter à la politique de conservation propre à chaque établissement.

Checklist récapitulative

Checklist

  • Registre des activités de traitement à jour, y compris pour les traitements sous-traités
  • Journalisation active sur les connexions et les opérations sur les données sensibles
  • Comptes nominatifs, sans compte générique partagé
  • Durée de conservation des journaux écrite et justifiée (6 mois à 1 an, ou plus si motivé)
  • Contrôle périodique des journaux réellement effectué, avec compte rendu daté
  • Accès aux journaux restreint, y compris pour les personnes dont l'activité est tracée
  • Dossier de preuve prêt : registre, politique de conservation, extrait de journal

Questions fréquentes

Le registre des activités de traitement est-il obligatoire pour un établissement de moins de 250 salariés ?

Oui pour les traitements de données de santé. La dérogation de l'article 30 du RGPD pour les organismes de moins de 250 salariés ne s'applique pas aux traitements portant sur des données sensibles comme les données de santé, qui doivent figurer au registre quelle que soit la taille de l'établissement.

Combien de temps conserver les journaux de connexion ?

La CNIL recommande une durée glissante de six mois à un an. Une durée supérieure, jusqu'à trois ans dans les cas les plus courants, peut être justifiée lorsqu'un contrôle interne des accès le nécessite.

Qui doit avoir accès aux journaux de connexion eux-mêmes ?

Un nombre restreint de personnes habilitées, jamais les personnes dont l'activité est journalisée. La CNIL demande que les équipements et les données de journalisation soient protégés contre toute opération non autorisée.

Le registre des activités RGPD et l'historique de connexion, est-ce la même chose ?

Non. Le registre des activités de traitement est un document de gouvernance qui décrit chaque traitement au titre de l'article 30 du RGPD. La journalisation des connexions est une mesure de sécurité technique distincte, recommandée par la CNIL pour tracer qui a accédé à quoi. Les deux sont complémentaires.

La HAS impose-t-elle un critère spécifique sur le registre des activités ou la journalisation ?

Non, il n'existe pas de critère HAS isolé sur ce point. Le registre des activités et la journalisation relèvent du RGPD et des recommandations de la CNIL. La sécurité des systèmes d'information de santé relève par ailleurs du corpus PGSSI-S piloté par l'Agence du Numérique en Santé.

Que risque un établissement qui ne trace pas correctement les accès aux données de santé ?

La CNIL a mené 13 contrôles auprès d'établissements de santé entre 2020 et 2024 à la suite d'alertes sur des accès illégitimes au dossier patient informatisé, et a mis en demeure plusieurs établissements de sécuriser ces accès.

Un registre et une traçabilité à tenir à jour sans y penser ?

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Articles connexes

Sources

Le schéma présenté dans cet article est une synthèse pédagogique proposée par OxcaSanté : il reprend les durées recommandées par la CNIL, mais ne remplace pas une analyse juridique propre à chaque établissement.